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No Country for White Men

Mais que vous arrive-t-il, auriez-vous perdu votre sens de l'humour ?

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Qui sommes nous ?

Dostoïevski prévoyait dès 1870 que les progressistes qu’ils fussent communistes, socialistes, sociaux-démocrates, différents si l’on se fie aux symboles extérieurs mais identiques car tous issus d’une dégénérescence du christianisme extermineront des millions de personnes au nom du bien universel camouflant la haine de la vie derrière un humanisme bas de plafond. Philip K. Dick tordait le coup à la vision de l’artiste comme peintre et fait promener son lecteur dans une réalité qui lui paraît tantôt familière sans être identique et qui pourtant est radicalement différente (l’Uchronie de la victoire de l’axe dans le Haut-Château. Dans chaque réalité se tapit l’illusion, le simulacre, le voile et inversement. Robert Childan est trompé par une imitation, et le roman dans le roman intitulé The Grasshopper Lies Heavy raconte un monde où les Alliés ont gagné la guerre, mais ce monde n’est pas non plus le nôtre et où l’Angleterre de Churchill porte haut la suprématie européenne. Dans les deux cas cette frontière apparaît plus comme un glissement insensible que comme une rupture franche, à moins que cette rupture soit celle d’un personnage probablement schizophrène.

Dans No Country For Old Men, la scène la plus marquante est la rencontre entre le Shériff Bell et son oncle Ellis. Bell venait juste de démissionner, se sentant perdu par l’arrivée de la violence moderne à travers les Cartels et les mexicains dans son comté jusque là tranquille. Cette scène, avec d’autres, incarne cet esprit occidental, particulièrement en Amérique du Nord. Un esprit sans légalisme jacobin, ces lois ”qui créent des criminels” comme le disait Lao-Tseu. Ici, on est encore entre nous, le sheriff ne s’est pas encore retiré. On se comprend par des signes, des gestes, des regards. On ne fait pas chier le petit entrepreneur de pompe funèbre un peu bordélique avec des normes à la con qui emmerdent ceux qui veulent bosser. On est entre gens biens. C’est la chute de ces communautés naturelles, de cet esprit de fraternité que l’Occident est devenu fou à tel point que les old-timers ne comprennent plus, parce qu’à 65 ans on est plus fait pour comprendre et que l’on a pas à dépenser de l’énergie pour changer de logique.

There was this boy I sent to the Electric chair in Huntsville here a while back. My arrest and my testimony. He killed a fourteen-year-old girl. Papers said it was a crime of passion but he told me there wasn’t any passion to it. Told me that he’d been planning to kill somebody for about as long as he could remember. Said that if they turned him out he’d do it again. Said he knew he was going to hell. Be there in about fifteen minutes. I don’t know what to make of that. I surely don’t.


Pourtant ce Shérif de comté, sans armes et sans radios est hors-sujet face à Chigurh et aux Cartels. Ce n’est pas équitable, la lutte s’est faite de l’intérieur sous la forme d’une dissolution, une guerre entre blancs qui ne dit pas son nom. 1865 aux États-Unis, 1918 et 1945 en Europe, 1994 en Afrique du Sud. Et encore cela reste des évènements connus et relatés, c’est un autre type de changement que décrit McCarthy, qui apparaît imperceptible au début mais dont les conséquences finissent par tomber parce qu’au fond ils l’ont mérité. En Occident, on fut sensible à l’honneur et au sens de la filiation, de la fidélité. Il y eu du sens dans le combat pour sa terre. Jünger l’écrivit bien mieux que moi. Principe de suppléance. Ca veut dire quelque chose. On perpétue les exploits des anciens. L’Oncle Ellis raconte comment son frère Max s’est fait abbattre comme un animal par un groupe d’indiens. Moss, le personnage principal du roman va se faire abattre comme un chien par un groupe de mexicain.

Ce qui se passe aujourd’hui n’est pas neuf, mais cette période est absolument fascinante.

Par cette petite histoire, vous avez une idée d’où ce blog se situe.

La plupart du temps chaque fois que je dis quelque chose sur le monde qui part à vau-l’eau on me regarde avec un sourire en coin et on me dit que je vieillis. Que c’est un des symptômes. Mais ce que je pense à ce sujet c’est que quelqu’un qui ne peut pas voir la différence entre violer et assassiner des gens et mâcher du chewing-gum a un problème autrement plus grave que le problème que j’ai moi.


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