Feeds:
Articles
Commentaires

Archive for juillet 2011

Anders Behring Breivik

Je ne suis pas cynique, contrairement à ce que certaines personnes de mon proche entourage pourraient parfois penser. Je vis avec deux axiomes : on mérite toujours ce qui nous arrive et l’on ne peut vouloir ceci ou cela qu’en acceptant les conséquences. Ces deux axiomes uniques formant la base de toute éthique de la responsabilité.

Ce qui effraie le plus dans le cas d’Anders, cela restera son inventivité, certes les kamikazes du 11 septembre avaient pris des cours de pilotage et avaient détournés des avions en utilisant des armes blanches. Ils avaient ouvert une voie. Mais cela restait une organisation, décentralisé mais avec une tête, une stratégie, un plan bien que confus. Anders est seul. Seul donc imprévisible. Donc un danger. Il n’entre pas dans le cadre et ne fait pas partie du plan.

« If, tomorrow, I tell the press that, like, a gang banger will get shot, or a truckload of soldiers will be blown up, nobody panics, because it’s all « part of the plan. » But when I say that one little old mayor will die, well then everyone loses their minds! »

Alors oui il appartient à un système de valeurs facilement identifiable, mais au fond que sait-on de lui? : ce qu’il a dit lui-même, son profil facebook, son profil twitter, son mémoire de 1500 pages que je commence à survoler : une poussière de connaissance, en somme, je l’ai dit, presque rien. 

«Si l’Europe de l’Ouest et les États-Unis avaient emprisonné tous les marxistes après la Seconde guerre mondiale, et avaient considéré l’idéologique marxiste comme aussi haïssable que le nazisme, nous n’en serions pas là.» Anders Behring Breivik

D’autant plus qu’il ne s’est pas attaqué à une mosquée, à des immigrés, mais aux salopards qui les font venir. C’est l’état français qui détruit la France disais-je dans le billet précédent. C’est l’état norvégien qui détruit la Norvège. Anders est conséquent et a su démêler l’écheveau des causes qui nous ont conduit à la situation actuelle : il ne s’agit pas de vouloir le « pouvoir » ne serait-ce que pour l’infléchir comme les ligues des années 1930 ou le terrorisme d’extrême gauche des années 1970, il s’agit d’être capable de ne pas dépendre du Pouvoir, d’en dépendre le moins possible, de ne prendre loi qu’en soi-même et de ne pas se laisser affecter par le monde – et les sous-hommes – comme il va… Quelque soit l’époque, c’est nous qui décidons ou non d’être libre, et les limites que nous fixons à cette liberté. Leur montrer que chaque acte apporte les inévitables conséquences.

« Que faire, puisque nul ne saurait renoncer à sa dignité d’homme au prix d’un acquiescement au racisme ? Que faire, puisque dans le même temps, tout homme – et toute nation – a le droit sacré de préserver ses différences et son identité au nom de son avenir et au nom de son passé ? »

Jean Raspail. Préface au Camp des Saints. 2006

On a le choix. Les raisons d’abdiquer, de refuser le conflit, de faire le saint, ne manquent pas… L’impossibilité de prendre à bras le Destin qui les défie est assumée, avec la conscience que cela signifie la fin d’un monde. Eh bien, que nous disent Raspail et Anders ?

Que parce que nous nous devons à une certaine idée de nous-mêmes, nous ne pouvons consentir au racisme. Ce mot piégé par les ennemis de l’Europe aura vraiment fait sa fonction qui est d’annihiler tout esprit critique chez les victimes de l’invasion. Il dit aussi que « le droit de préserver ses différences et son identité » est sacré. Mais si cette exigence était sacrée, le désagrément de paraître raciste, aux yeux du quidam, de l’État, de la postérité ou à ses propres yeux, ne devrait pas retenir une âme bien née. Car le propre du sacré est justement de ne souffrir rien qui le mette en cause. Il faut savoir ce que l’on veut. Mourir proprement, en fils bien né d’une civilisation qui a trop vécu. Ou bien assurer un avenir à ses fils. Et que ne ferait un père digne de ce nom pour ses enfants ? N’irait-il pas jusqu’à se damner lui-même ?

Voilà ce qui fera d’Anders quelqu’un de beaucoup plus moral et noble qu’un homme de gauche et ce que lui reproche la gauche (social-démocrate ou marxiste) ce n’est pas d’avoir frappé, mais d’avoir frappé en premier. Et contre eux. Mieux encore de l’assumer en conscience alors qu’un gauchard quelconque qui en est dénué se réfugiera toujours derrière « la violence de la société » bizarrement le temps d’un acte dont il semble s’extraire.

Car le mal est de tuer certes, mais le mal absolu, c’est-à-dire, si tant est que nous puissions le concevoir, l’Enfer sur terre, c’est de s’être tué soi-même et, ce faisant, d’être hors d’atteinte, de s’exclure volontairement de la communauté des hommes, de leur sanction bien évidemment, mais aussi, et c’est cela qui compte le plus aux yeux du coupable, de leur pardon. Anders sait avoir tué, et son acte horrible ne le place pas hors de la catégorie des hommes, un marxiste tue des archétypes ou des principes (libéral, réac, patron, exploiteur). Ces gens là qui prennent l’homme pour alibi pour mieux le réduire à l’état de chose afin appliquer leurs principes creusent en même temps les charniers qui continrent les victimes du XXe siècle. Cela ne leur pose jamais problème car la question n’est jamais posée. Voilà pourquoi le marxisme ne fraye qu’à travers des champs de boues peuplés d’âmes mortes comme l’avait très bien compris et expliqué Camus en son temps. Et voilà pourquoi ils détesteront les Anders Behring Breivik dont les mains tremblent. Parce qu’il est fondamentalement vivant.

Read Full Post »

Le choix de Sarkozy

Le Front National ne m’a jamais attiré. Sauf peut-être sa mouture version années 1980 avec un mélange de libéralisme à la Poujade et de gouaille franchouillarde. Et encore.

Parce que le camp nationaliste s’est bâti sur des mensonges auxquels rien ne m’oblige à croire et je ne compte pas les approuver par le vote. Non pas que j’attache une importance particulière au vote, mais je me fixe des limites et je crois que rien n’est plus urgent que de détruire les mensonges sur lesquels le FN s’organise depuis trop longtemps. Certains ont pu penser, un moment, que le Front parviendrait, par la voie des urnes, à limiter la casse. A rendre le système viable. A intégrer les étrangers déjà en surnombre. Mais c’était valable dans les années 1980. Depuis cette date, il est clair que tel n’est plus le cas. Pour des raisons tout simplement arithmétiques, la proportion de français de papiers étant trop importante, les chances de basculement électoral devenaient minimes. Aujourd’hui qu’ils commencent de prendre conscience de leur force – et ce n’est que le début du processus -, continuer dans cette voie n’a plus de sens. Assimilationniste, étatiste, jacobin, Républicano-nationaliste. Le FN l’a toujours été et il n’y a pas eu de tournant « mariniste ». Or je ne suis pas nationaliste et encore moins républicain.

Alors Eisangélie, je crois que la haine t’aveugle camarade… Cette haine impuissante qui tient bien au corps des fascistes à la fois surpris et désolés que l’électorat soit tombé dans le panneau. Mais je pensais les fascistes plus lucides sur la nature profonde de la démocratie. La République ne défend pas l’intérêt commun, les politiques entretiennent des clientèles. Est-ce une surprise ? Feinte alors j’espère…
Que la beauté du physique Sarkozyen t’échappe, je veux bien te le pardonner… Mais j’admire, il faut bien le dire, la virtu du personnage. Sarkozy veut. Il lui a fallu 5 ans pour être élu président quant un Chirac (qui n’était pas de droite certes) ou un Mitterrand en mirent plus de 20. Et, voulant, il agit aux fins de réussir ce qu’il veut. C’est une grande chose un chef qui mène ses troupes à la victoire. Ce qui nous change agréablement des palinodies et circonvolutions dans lesquelles la droite a l’habitude de se perdre depuis 1974 et qui nous a valu entre autres l’élection de Mitterrand.

On pense ce qu'on veut de l'un ou de l'autre, mais cette image est juste mythique

Je crois que l’heure des bilans est venue. Et que le FN doit être jugé à ses fruits. « L’an prochain à Jérusalem », « nous sauverons la France » voilà les chansons avec lesquelles ils se bercent depuis trois décennies. Que le FN ne soit capable de sortir des schémas de pensée qui se sont révélés sans la moindre efficacité, cela les regarde. Cela n’a jamais été mon affaire. Quant à moi, j’en tire les leçons.
Je crois qu’effectivement, avec la France 2011, mise sur le trottoir par le régime démocratique, on ne peut guère espérer mieux qu’un Sarko. Voilà. Qu’on me prouve le contraire…

Il n’a pas fait tout ce qu’il a promis ? Anthony a recensé les principaux points (j’y rajouterais la réforme de la carte judiciaire, et un premier pas vers la disparition des départements) dont on sous-estime la portée simplement parce qu’il n’est pas question d’identité. Pour moi c’est ce qui comptait le plus. Des erreurs évitables aussi, je l’admets volontiers. Mais ce sera toujours plus que le Grand Rien que ne fera pas un FN qui veut persévérer dans le théâtral. Et ce plus est suffisant pour envisager un vote. Au demeurant les discours sur l’identité sont aujourd’hui alignés. Entre un FN qui se vautre en républicanisme, donne des gages et un Sarko qui bombe le torse, je ne vois pas pourquoi on devrait préférer le Front. Ironie de la chose. Les députés de la Droite Populaire sont plus proches idéologiquement du bloc identitaire que le FN et deviennent les moins républicains de nos politiques. Concernant le Bloc, je ne voterais pas non plus pour eux, leur force étant justement d’être en dehors. Ils ont l’avantage et cela les rachète -malgré leurs nombreuses erreurs et leurs agaçantes scories- de chercher les formes que peut receler obscurément un avenir qui ne sourit guère à ceux qui ne veulent pas laisser filer ce qui ne veut plus vivre… La civilisation Européenne…

Alors ? Ben alors, ici et maintenant… C’est, en attendant un hypothétique départ vers un illusoire ailleurs, ici et maintenant que nous vivons. Ce sont de petits intérêts très prosaïquement matériels qu’il s’agit de défendre, ceux que tu méprises avec une pertinence inégale Eisangélie. La propriété, la sécurité, la tranquillité publique, la fiscalité. Et puis le refus des pires : les manges-merdes de l’ultra-gauche…Et oui camarade, cela compte. Nous avons tous nos haines.
C’est effectivement un programme minimum. Et la défense de l’identité européenne n’a jamais été ce que j’ai pu attendre ou attendrais de Sarkozy. Plus honnête et moins cynique que ses prédécesseurs, il ne nous a rien promis en ce sens. Mais c’est aussi que je ne crois plus que notre identité dépende d’autre chose que de nous-mêmes. Libre à ceux qui se veulent fidèles et de ne pas sombrer avec une improbable descendance. Libre à chacun de faire et d’élever des enfants. Libre à vous d’être des hommes debout au milieu des ruines ou des cafards. Je n’attends de Sarkozy que de laisser la porte ouverte et de nous laisser un vrai choix. En ce sens le job est fait.

L’Etat français n’est pas fait pour défendre notre identité. C’est même l’exact contraire qui est vrai. La nature de l’Etat français est de détruire la France. Ce qu’il fait d’ailleurs très bien. Je le constate. Si cette saloperie d’Etat réussit à nous rendre la vie possible, ce sera déjà un grand bien… Et le très élégant Sarkozy me semble le plus à même de faire durer et de le rendre supportable. Le temps que nous commencions ailleurs…

Read Full Post »

A la rencontre du Sénateur

Rentré le 30 juin 2011 des Terres de l’Est, le Sénateur est triomphalement accueilli par les militants de Furia Francese.

Les deux plus fidèles collaborateurs : Sweeney (en noir) et Anthony (en gris)

L’entretien que j’ai eu avec lui est couvert par le secret évidemment, mais cela ressemblait à ça (dans les grandes lignes).

—-

Deux semaines plus tard,

Anthony et moi arrivons dans la gare de A******, Aetius nous y attend et nous montons dans sa Zil de fonction. Avec un chauffeur Hongrois.

Je ne comprendrais jamais le Sénateur qui reste pour moi une énigme. D’ordinaire strictement habillé d’un costume bien taillé, cravaté et rasé de frais dès l’aube, il est apparu ce matin en survêtement, avec une chemise aux trois premiers boutons ouvert, et avec une barbe de dix jours comme s’il revenait d’Indochine ou d’un coin perdu de Galicie (plus probable). Devant notre effarement, il s’est senti obligé de fournir une explication, mais personne ne l’a comprise. Il y était question des terres de l’Est, d’une mystérieuse espionne tchèque, et…je ne sais plus. Lui non plus d’ailleurs.

Anthony est fidèle à lui-même : il visionne en boucle, tant dans le train que dans la voiture du Sénateur et sur un smartphone flambant propre « pixellisé », ses propres vidéomontages condensant les meilleures scènes de Fight Club et d’Avalon en se marrant comme une baleine.

Sweeney rigole intérieurement à une blague de la veille qu’il a juré de ne révéler à personne. Ainsi orné d’un sourire béat qui paraît incompréhensible à son entourage, il essaye de faire croire qu’il a rencontré le Christ, ou regardé pour la énième fois les premières saisons des Simpsons.

Le CRABE est en déplacement à Vienne. Pour l’enterrement d’un membre de sa famille. C’est sa façon à lui d’être présent.

Nono ne quitte plus ses lunettes de soleil. Des aviators. Le soleil du Sud ? Selon le toujours bien informé Aetius, son œil droit porterait les stigmates d’une disputatio théologique avec un membre sanguin des Pères Fondateurs, Nono prenant le parti de Saint-Augustin, son opposant celui du constructivisme trotskyste pro-LGBT(I), ou du nihilisme néo-païen je ne sais plus.

Le Kamarad est finalement venu. C’est sa façon à lui d’être absent.

L’Empereur Palpatine a décidé d’arrêter la bière irlandaise et de s’inscrire sur les listes électorales. Son abstinence nouvelle envers les boissons alcoolisées lui permet de vivre une expérience humaine digne d’être rapportée heuristiquement. Son visage est marqué de crispations trahissant l’effort jupitérien qu’il s’inflige. En entrant, il a bousculé le Kamarad (qu’il a traité de trotskyste) et marchant comme un panzer en furie, il a renversé une chaise (qu’il a accusée de collusion avec l’UMP).

Le Dr. Malcom n’est pas là, ce que tout le monde regrette.

Après avoir déjeuné, nous entrons dans la maison d’Aetius. Notons que le Sénateur nous avait proposé de visiter un musée alors qu’assommés par une digestion nous préférons nous affaler pour refaire le monde à la lumière de théories douteuses. Je n’en dis pas plus, le secret est une condition de la Victoire.

Le 6 mai 2012 Aetius sera à l’Elysée, même si ce ne sera que pour sept mois.

Mais dès maintenant Furia Francese frappe où elle veut, quand elle veut. Que cela soit dit.

Read Full Post »

Le combat demeure une chose sainte, un jugement de Dieu entre deux idées. Notre nature profonde nous pousse à défendre notre cause avec toujours plus d’acharnement, de sorte que le combat est le dernier mot de notre raison, et que seul ce qu’il nous acquiert peut être possession véritable. Nul fruit ne mûrit pour nous qui n’ait tenu dans les orages de fer, et tout, jusqu’au meilleur et au plus beau, exige d’être conquis de haute lutte.

Qui creuse ainsi jusqu’aux racines du combat et vénère l’authentique esprit combattant, qu’il le vénère partout, même chez l’adversaire. Aussi la réconciliation après le combat devrait-elle rassembler d’abord les hommes du front. C’est en guerrier que j’écris cela, qui peut n’être point au goût du jour : mais pourquoi ne tenterions-nous pas, nous autres guerriers, de nous trouver sur notre ligne à nous, celle de la bravoure virile ? Nous n’y saurions rencontrer pire insuccès que les hommes d’État, les artistes, les savants et les dévots sur la leur. N’avons-nous pas souvent serré les mains qui venaient de nous lancer des grenades, alors que ceux de l’arrière s’empêtraient toujours plus profond dans les taillis de leur haine ? N’avons-nous pas planté des croix sur les tombes de nos ennemis ? Nous sommes restés les plus décents de tous, nous qui chaque jour trempions nos mains dans le sang. La lutte est une façon d’être qui reste ce qu’elle est, mais on peut l’ennoblir par l’esprit chevaleresque. »

Ernst Jünger, La guerre comme expérience intérieure

Read Full Post »

Devenir un mugu

L’approche de la vidéo m’a bien fait rire. Mais le vrai mugu – qui, convaincu de son action bénéfique, se fait dépouillé de ses économies – est hilarant lui aussi. J’ai la chance d’en côtoyer une de très haut niveau, ce qui donne lieu à des échanges délicieux. Elle fera l’objet d’un article bientôt si elle ne lève pas le pied, c’est certain.

Read Full Post »

Malcom X (1992) de Spike Lee

Dans une nouvelle de ses chroniques Martiennes, Bradbury imagine l’exode des Noirs américains sur Mars. Et les personnes tentant de les en empêcher ne sont pas des membres de l’AANPC, mais des ségrégationnistes du Sud. Il y a deux manières d’interpréter cette nouvelle. La première -vous l’aurez deviné- serait de mettre en lumière le racisme dans les États-Unis (les Chroniques Martiennes furent publiées entre 1946 et 1950). L’interprétation n’est pas fausse en soi, mais Bradbury nous habitue à moins de simplisme. La seconde, peut être plus crédible, serait de mettre le nez des ségrégationnistes dans leurs merdes et les mettre face à ce qui furent leur contradiction fondamentale : la bobonne fait le ménage mais elle vit loin, très loin.

Malcom ceci l’avait vite compris d’ailleurs. Quand je regarde à nouveau le film de Spike Lee, certainement pas critique, mais moins hagiographique qu’il n’y paraît, en tout cas relativement fidèle à l’excellente autobiographie dont le film s’inspire. Une autobiographie qui plus que le film laisse apparaître en filigrane un impensé, un aspect de la personnalité de cet homme que les pamphlétaires ne soulignent pas plus que les hagiographes, à savoir les névroses ainsi que la dépiction d’une schizophrénie assez forte chez ce personnage qui n’a dû la surmonter que difficilement. Disposition d’esprit due en partie au fait que son grand-père était blanc.

Mieux que personne, et cela est vrai dans les passages situés dans les années 1940 et précédant son incarcération, Malcom X avait compris la réalité des rapports entre les blancs et les noirs qui dépassaient le simple cadre de la ségrégation. D’ailleurs Malcom ne vient pas du Sud contrairement à Luther King. Très vite il a observé la présence de deux types de discours. Le premier, celui des militants des droits civiques, qui a pris désormais l’aspect d’une fanfare : « Approchez, frères noirs, tous les hommes se valent. C’est en vain que la nature a pris le soin de vous badigeonner d’une autre couleur que la nôtre, qu’elle vous a fait d’autres traits, et que la façon même dont vous avez usé des siècles qui nous ont été donnés aux uns comme aux autres atteste encore cette différence ; nous méprisons ces faibles indices pour vous convier à l’égalité. Venez vous asseoir à notre festin, venez être nos pareils. » Cependant une autre voix, sourde, moins avouable peut-être, mais bien plus sincère, s’échappait en même temps de la race blanche : « Non, vous n’êtes pas comme nous, et bienheureux en cela, car vous avez part encore à des fêtes où nous ne sommes plus admis. Ne bougez pas d’où vous êtes. C’est nous qui redescendons vers vous, pour retrouver un bonheur qui ne soit plus gêné par la conscience ». Pour Malcom X les deux discours n’étaient pas séparés mais se confondaient. Un blanc avait beau dire « brother », « man », danser le jazz, Malcom lui-même avait beau essayer de se coiffer d’une manière telle que ses cheveux deviennent moins crépus, il reste et resterait noir. Les scènes décisives se situent là, dans cette première tranche de vie. Son parcours en tant que ministre pour Elijah Muhammad et la Nation of Islam, sa position par rapport au mouvement des Civil rights doivent s’entendre et se comprendre à partir de là, comme une transposition à l’échelle plus large et collective. Les rapports entre blancs et noirs qu’il a pu observer à l’échelle individuelle dans sa jeunesse à Boston. Car comme disait l’autre tout est dans la jeunesse d’un homme, après, il triche et travestit ses inclinations profondes. Mais cela ne s’applique pas à Malcom X.

Ce malentendu perpétuel qui dépasse le simple poids de l’esclavage mais renvoie à un déracinement irréversible que les Américains n’eurent jamais eu le courage de réparer après 1865.

D’où la thématique du back home. Malcom X n’a jamais été intégrationniste comme pouvait l’être un King ou avant lui un Du Bois. Il ne suffit pas de mettre un costume et une cravate. Alors que Malcom renvoyait aux Blancs yankee par le chemin de la parole, la contradiction de leurs propres principes, qu’en tant qu’homme de religion il maîtrisait parfaitement. Il avait compris que dans ces rapprochements qu’impliquait les Civil rights des deux races, l’une et l’autre sont trompées. Car l’émancipation réelle des Noirs n’était possible qu’à un certain prix et sous certaines conditions, on ne peut vouloir ceci ou cela qu’en acceptant les conséquences. Des conséquences que Malcom X était plus enclins à assumer qu’un Martin Luther King. Je ne parle même pas des whites liberals.

La haine et la peur de la mystification, c’est de cette manière que je pourrais résumer le ressort interne de Malcom X. De quelle mystification parlons-nous ? De cette fascination morbide qu’éprouvent des blancs envers les noirs et qui a au fond peu à voir avec l’idée d’une fraternité universelle. Pas même celle d’une pulsion de mort qui passerait par un métissage destructeur. Ces blanches qui couchaient avec des noirs, ces blancs mariés qui couchaient avec des noires dans l’Amérique des années 1940. Malcom y participant. Je n’invente rien, il le dit lui-même. Il n’y a jamais vu que le résultat d’une vie informe et en cela je ne puis lui donner totalement tort. Une vie informe où l’achèvement d’une civilisation capitaliste qui s’avère insipide et qui cohabite avec ce désir perpétuel d’un retour vers la sauvagerie. A condition qu’il soit provisoire. Malcom X a raison de dire que ces danseurs et ces danseuses blancs squattant les boîtes d’Harlem se trémoussent en vain, leur épilepsie mécanique ne veut rien dire. Tout finit dans une mystification où seul est certain l’abaissement de l’humanité. Mieux que personne il a peint avec une ironie assez cruelle -mais compréhensible- qu’il ne suffit pas de répudier la civilisation pour retrouver la sauvagerie. Il y a une sorte de désespoir dans l’effort que font tant de ses contemporains. Les nôtres aussi, mais c’est une autre histoire.

Certes à partir de février 1965 et après son pèlerinage à La Mecque il a nuancé sa position. Enfin, disons qu’il cessa d’appeler les blancs les démons. Il s’est laissé prendre au piège du plus crétin des monothéismes. Cela arrive, même aux meilleurs. Même s’il convient de ne pas se tromper sur la portée. Il s’agissait plus d’un élargissement de la portée de son discours sur l’anti-impérialisme. Luther King passera par le même chemin en 1968.

Une anecdote pour finir et qui achève de me le rendre définitivement sympathique : alors qu’une étudiante blanche s’approchait vers Malcom, pour lui demander voici le dialogue :

WS : “Don’t you believe there are any good white people?”
MX : “People’s deeds I believe in, Miss, not their words”
WS : “What can I do?”
MX : “Nothing”

Certes –et Malcom l’admet dans son autobiographie- sa réponse aurait été différente en 1965, mais ce “rien” sonne magnifiquement à mes oreilles.

Read Full Post »

Vous rendez-vous compte de la masse de boulot que peut représenter la gestion d’un blog collectif ? Certes nous ne sommes que trois (quatre une fois par an). En plus le blog en question est –disons- de droite. Et les gens de droites… Un peu cinglés ils sont. Le nombre de cinglés que j’ai pu côtoyer dans ma prime jeunesse…Sans qu’ils soient forcément de droite d’ailleurs.

« Un jour je ferais un tour d’Europe des lieux saints des nationalismes européens et du fascisme ». Dixit mon camarade A. Naar. Et je dois gérer ce genre d’allumés.

Nous avons une priorité sur No Country : concilier les lubies. Sweeney Todd veut réduire la population, Aetius veut se présenter à l’élection présidentielle de 2012 pour sauver la France, Anthony veut raser le 9-3 et le Maghreb, quant à Nice Guy je ne le connais pas mais il y a du Richard Durn en lui.

Je propose une idée simple : déclenchons une guerre suicidaire contre le reste du monde. Comme en 1793 (ou en 1939). En commençant par le 9-3, puis Marseille, pour débarquer en Afrique du Nord. La route d’Alger passe par Marseille me murmure Anthony qui pour l’occasion s’est grimé en soldat Rhodésien et a amené son exemplaire de Risk pour nous expliquer sa stratégie. Férocement. Alors les Vénézuéliens puis les Iraniens s’y mettent, et là, ce sera terrible. Des milliers de chars, des missiles à en pleuvoir, le bal géant des obus, toutes les grandes poubelles métropolitaines rasées; sûr, cela fera de la place. Le problème de l’étalement urbain en Ile de France sera réglée. Pour quatre, cinq décennies. Mais la France sera sauvée. L’Europe aussi par la même occasion. Profitant du chaos régnant, je laisserai M.Nice Guy flinguer le conseil municipal de son choix. S’il pouvait prendre Paris ou Lille, cela me conviendrait. A condition de ne pas discriminer. Une balle = un conseiller.

Imaginez cette jeune génération émergeant des ruines encore fumantes, accompagnée de quelques mutations génétiques, mais nantie de cet enthousiasme neuf et rageur de la soif de (sur)vivre. On organiserait un monde nouveau, avec beaucoup d’espace. Et avec seulement 10% de la population actuelle, sachant que je m’arroge la moitié de la Savoie. Délimitée par des barbelés et des robots-gardiens.

Alors, quand nos villes et nos cavernes d’aciers modernes seront ravagées, quand, sur ces terres incultes, un cœur de cristal dénichera peut-être dans un amas de ces petites boîtes mystérieuses quelques fragments de notre civilisation. Il s’émerveillera sûrement en contemplant ces pépites fragiles et délicates dans un monde chaotique et sauvage, mais dont le sens lui échappera définitivement. Ces temps futurs peints par H.G. Wells où le chardon sera roi et le silence régnera.

Read Full Post »

Older Posts »