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Archive for septembre 2011

Stratégie

Je ne recommencerai à bloguer que début octobre, mais il y a longtemps que je voulais faire cette mise au point là qui me semblait nécessaire.

J’aime bien les billets de Nicolas d’ILYS. Pour deux raisons. La première, j’arrive à comprendre ce qu’il écrit en matière d’économie, ce qui est d’habitude rare quand je me frotte à cette matière. La seconde, il arrive à conjuguer une radicalité assez extraordinaire (c’est le plus bourrin de la bande) sur les principes et un pragmatisme intéressant quand il s’agit de stratégie politique.

Contradiction? Non. Les exemples historiques (je pense notamment à Lénine) nous montre que les excellents stratèges peuvent être de médiocres philosophes et inversement.

La personne en question est à l’origine du site consacré à Maurras.

Où-est ce que je veux en venir? Au dernier texte du dimanche et à mon billet sur Sarkozy dont je ne retire pas une ligne. J’ai tenté d’exprimer des idées, des arguments, je vais ici tenter d’exposer le raisonnement qui m’y a conduit, sur la manière dont j’aborde les élections de 2012 et pour cela j’en appelle à Maurras. Du provençal je retiens avant tout l’exemple d’une méthode politique, d’un réalisme : à savoir qu’on ne peut vouloir ceci ou cela qu’en acceptant les conséquences.

Il n’est pas difficile de détruire chez soi les illusions républicaines ou démocratiques, armé grâce à Maurras d’une doctrine qui n’admet guère la réplique. Celui qui avait vu le vice mortifère d’idées et d’institutions dont le rôle historique sera de clore l’histoire de France. En soustrayant les hautes affaires de l’État à la brigue des partis, en lui redonnant par la restauration de la royauté le temps et la sérénité, la doctrine maurrassienne avait indiqué la voie qui rendait à l’État, instrument théorique des libertés françaises, les moyens de s’attaquer aux problèmes. En démocratie, un gouvernement qui gouverne est un gouvernement qui déplait. Un gouvernement qui déplait est un gouvernement qui tombe. Contre cet axiome on n’a toujours pas répondu. Mais cette monarchie, qui se prouve comme un théorème, n’ayant pas été restaurée, l’État jacobin a continué son œuvre qui est de détruire ce qui est français dans la mesure même où cela est français…Et la république conservatrice de Thiers ou de De Gaulle est un mensonge et contrairement à ce qu’affirme Anthony, ce n’est pas la république qui s’enracine en France, c’est bien la République a déracinée la France…Cela nous le savons

A partir de là tout dépend de ce que l’on veut.

Les identitaires sont au moins clairs sur ce point : « nous voulons restaurer un peuple, et non pas construire une majorité électorale ». Ils se situent -et c’est honorable- dans le champ méta-politique. La question que je me posais était celle de la majorité électorale. Il faut donc voir ailleurs.

Marine Le Pen veut lier le sort de la France à celui de l’État qui chaque jour la détruit. Alors que la survie des peuples d’Europe passe par leurs destructions. Au moins dans leurs formes actuelles.

Se placer au seul point de vue utile et pratique : celui de l’intérêt français ce qui implique une dissolution de l’État-providence et non son renforcement. Partant de là, on peut opter en toute impartialité et, en toute raison, sans avoir à rien sacrifier absolument à ses convictions profonde.

Les mouvements de notre pensée sont et restent parfaitement libres. J’en aurais conclu au vote Front National si cette idée me paraissait conciliable avec l’intérêt français qui me guide seul dans ce type de décision. Certains éléments auraient éventuellement pu me tenter. Anthony lui a fait le choix des identitaires. Moi pas.

Le Front national ne réalisera jamais 51% et toute la rhétorique du monde aussi sympathique soit-elle ne changera rien. Entre ce quelque chose que Sarkozy est et que Chirac n’était pas et le rien proposé par Le Pen, je choisis le quelque chose. Mon vote ne servira qu’à ça. Il ne s’agit pas d’accomplir son devoir de citoyen, juste d’utiliser une possibilité offerte.
Je suis de droite, et j’espère qu’en 2012, la majorité politique reste à « droite ». Je l’ai dit précédemment, malgré ses insuffisances et des erreurs souvent stupides, Sarkozy a rempli une partie du contrat que j’attendais de lui. Être un Européen, vivre debout parmi les ruines, cela ne dépend que de moi et de moi seul. Pas d’un grand homme ou d’un système.

Au fond sur ce terrain, je me sens finalement assez proche des analyses de Buisson dont les convictions de droite ne font pas de doute et qui en partant d’une vision, claire et nette, de comment faire en sorte que ses idées gouvernent, a fini par choisir Sarkozy. Il le dit lui même, explicitement dans un article intéressant que Le Point lui a consacré :

Avec Nicolas Sarkozy, nous savons comment nous allons contrer Marine Le Pen. Sans alliance, l’espérance du pouvoir est totalement exclue pour elle. Elle peut perdre sur la thématique du vote utile. Elle fait croire qu’il y a une perspective politique alors qu’il n’y en a pas.

Après je n’ai pas encore arrêté ma décision, je reste relativement porté sur l’abstention mais si je dois voter, le choix ne fait plus de doute pour moi. Sauf si d’ici là, des objections recevables me sont opposées. Je suis ouvert mais jusqu’ici je n’en ai pas lu.

Pour finir, on peut toujours méditer ces phrases tirées du film Viva Zapata d’Elia Kazan (avec Marlon Brando) :

– S’il t’arrivait malheur, que deviendraient ces pauvres gens ? Que leur resterait-il au monde ?
– Eux-mêmes.
– Après toutes ces luttes et ces morts. Qu’y a-t-il vraiment de changé ?
– Eux ont changé. C’est comme ça que tout change. Maintenant ils n’ont plus besoin de moi.
– Il leur faut un chef.
– Que chacun soit un chef. Un homme fort affaiblit un peuple et un peuple fort n’a pas besoin d’homme fort.

Evidemment, ce qui est écrit dessus ne vaut que dans l’hypothèse (farfelue) où le sénateur Aetius se retrouve dans l’impossibilité de se présenter (et donc de gagner) l’élection prochaine. D’ailleurs le 6 mai j’en connais qui vont pleurer. Notamment le dénommé Gil qui a qualifié notre blog de « roue de secours » sur ILYS. Il ne perd rien pour attendre.

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Un parti promet l’égalité et l’uniformité à un peuple ; cela lui permet de remplacer les anciennes organisations et les anciens chefs. Mais l’uniformité ne comporte pas d’organisation ; dans l’émiettement général, comment maintenir ou rétablir le fonctionnement de l’État ?
Ils ont prêché l’absence de l’ordre. Ils ont établi dans une large mesure le désordre. Comment arrivent-ils à obtenir au moins une façade d’organisation ? La question est générale, on peut y faire une réponse générale.

Presque toujours, disons hardiment : toujours, les prédicateurs de l’égalité démocratique appartiennent personnellement à des groupes sociaux très fortement organisés. Si fortement organisés que, en dépit des lois destructives et des règlements prohibitifs, ils conservent entre eux ou maintiennent autour d’eux des liens sociaux qui, obscurs ou apparents, clandestins ou publics, leur permettent d’apporter avec eux un correctif vivant à leurs doctrines avérées. Ouvrez Les Déracinés de Barrès, ou reportez-vous à telle préface de Frédéric Masson; vous y verrez que le premier caractère, le caractère distinctif de Napoléon, tout jeune, à peine en voie de percer, était d’être l’homme d’un clan, d’un petit clan très uni, très serré, très actif, très hiérarchisé, où l’aide mutuelle était plus que la loi : la coutume ; plus que la coutume : l’hérédité. Du clan corse, dont il émanait, à la société révolutionnaire, les transitions, les liaisons étaient fatales, quasiment obligatoires. C’est ce clan, ce groupe, ce parti, attachés à lui par les relations puissantes de l’esprit et du sang, qui lui permirent de créer de toutes pièces un gouvernement stable et fort dans la France dissociée et atomisée de 1799. Il le savait d’ailleurs fort bien. Et il savait que, si son Code civil dissociait et atomisait le pays, il devait, lui Pouvoir, lui État, lui Gouvernement nouveau, constituer autour de lui des éléments et des organes cohérents et agglutinants qui lui fussent attachés d’instinct, de cœur, de corps. Parvenu au sommet, il légiféra pour eux comme pour lui.

Ainsi que devait le dire Alfred de Vigny : Toute démocratie est un désert de sable.

Mais l’on ne construit et l’on ne s’établit sur ce désert qu’à la condition de n’être pas, soi-même, une démocratie et de posséder les vertus et les propriétés les plus directement contraires à la poussière de ce désert. Napoléon a consigné cette vérité dans la fameuse lettre à son frère Joseph, alors roi de Naples, le 5 juin 1806 :

« Je veux avoir a Paris cent familles, toutes s’étant élevées avec le trône et restant seules considérables, puisque ce ne sont que des fidéicommis et que ce qui ne sera pas elles va se disséminer par l’effet du Code civil. Établissez le Code civil à Naples. Tout ce qui ne vous sera pas attaché va se détruire alors, en peu d’années, et ce que vous voudrez conserver se consolidera. Voilà le grand avantage du Code civil. Il faut établir le Code civil chez vous, il consolidera votre puissance puisque par lui tout ce qui n’est pas fidéicommis tombe, et qu’il ne reste plus de grandes maisons que celles que vous érigerez en fiefs. C’est ce qui m’a fait prêcher un Code civil et m’a porté à l’établir. »

Diviser pour régner est une maxime.

Mais, pour conserver un règne, pour continuer de régner, il faut soi-même appartenir à un organisme cohérent et savoir le resserrer en conformité aux éternelles lois de la force et de la santé, dût-on en contredire ses propres principes. L’égalité sera pour la masse du peuple ; mais la différenciation, l’organisation, la hiérarchie seront sévères et puissantes au profit du petit nombre dans lequel on choisira ses agents.
Il serait facile de montrer que le procédé est contemporain des anciens âges, car l’histoire, comme la nature, varie fort peu ses procédés. N’en avons-nous pas eu sous les yeux des exemples nouveaux depuis Napoléon ? Moins éclatants peut-être, ils sont plus généraux et plus démonstratifs encore.

[…]

L’égalitarisme est un masque. Dès qu’on le voit paraître, l’expérience de l’histoire autorise à prévoir ce qu’il recouvre : une face de tyran qui le percera.

Charles Maurras, 1932, Napoléon, avec la France ou contre la France?

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