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Archive for janvier 2012

Il resta à l’hôpital pendant toute la fin du Carême et la Semaine Sainte. Déjà convalescent, il se souvint de ses rêves du temps où il était couché fiévreux et délirant. Il avait rêvé que le monde entier était condamné à devenir la victime d’un fléau inouï et effrayant qui venait d’Asie et envahissait l’Europe. Tous devaient y succomber, excepté certains élus, fort peu nombreux. Des trichines d’une espèce nouvelle avaient fait leur apparition ; c’étaient des vers microscopiques qui s’insinuaient dans l’organisme de l’homme, mais ces êtres étaient des esprits pourvus d’intelligence et de volonté. Les gens qui les avaient ingérés devenaient immédiatement possédés et déments. Mais jamais personne ne s’était considéré comme aussi intelligent et aussi infaillible que les gens qui étaient contaminés. Jamais ils n’avaient considéré comme plus infaillibles leurs jugements, leurs déductions scientifiques, leurs convictions et leurs croyances morales. Des villages, des villes, des peuples entiers étaient infectés et succombaient à la folie.
Tous étaient dans l’inquiétude et ne se comprenaient plus entre eux ; chacun pensait que lui seul était porteur de la vérité et chacun se tourmentait à la vue de l’erreur des autres, se frappait la poitrine, versait des larmes et se tordait les bras. On ne savait plus comment juger ; on ne pouvait plus s’entendre sur le point de savoir où était le mal et où était le bien. On ne savait plus qui accuser ni qui justifier. Les gens s’entretuaient, en proie à une haine mutuelle inexplicable. Ils se rassemblaient en armées entières ; mais à peine en campagne, ces armées se disloquaient, les rangs se rompaient, les guerriers se jetaient les uns sur les autres, se taillaient en pièces, se pourfendaient, se mordaient et se dévoraient. Le tocsin sonnait sans interruption dans les villes ; on appelait, mais personne ne savait qui appelait et pour quelle raison, et tous étaient dans une grande inquiétude. Les métiers les plus ordinaires furent abandonnés parce que chacun offrait ses idées, ses réformes et que l’on ne parvenait pas à s’entendre ; l’agriculture fut délaissée. Par endroits, les gens se rassemblaient en groupes, convenaient quelque chose tous ensemble, juraient de ne pas se séparer mais immédiatement après, ils entreprenaient de faire autre chose que ce qu’ils s’étaient proposé de faire, ils se mettaient à s’accuser entre eux, se battaient et s’égorgeaient. Des incendies s’allumèrent, la famine apparut. Le fléau croissait en intensité et s’étendait de plus en plus. Tout et tous périrent. Seuls, de toute l’humanité, quelques hommes purent se sauver, c’étaient les purs, les élus, destinés à engendrer une nouvelle humanité et une nouvelle vie, à renouveler et à purifier la terre : niais personne n’avait jamais vu ces hommes, personne n’avait même entendu leur parole ni leur voix.

F.Dostoïevski, Crime et Châtiment, 1867

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– Ellsworth!… mais vous êtes…
– Fou? Vous avez peur de prononcer ce mot. Et c’est pourtant votre dernier espoir. Fou? Regardez autour de vous. Prenez un journal et lisez les manchettes. N’est-il pas en marche ce monde dont je vous parle? L’Europe n’a t-elle pas déjà succombé et ne sommes-nous pas sur le point de suivre son exemple? Tout ce que je viens de vous dire peut se résumer en un mot, le collectivisme.
N’est-ce pas le dieu de notre siècle. Agir en masse, penser en masse, sentir en masse, s’unir, approuver, obéir. Diviser pour régner; au début, oui. Mais ensuite unir et diriger. Souvenez-vous de cet empereur romain qui souhaitait que l’humanité n’eût qu’une seule tête afin de pouvoir la trancher d’un seul coup.
Les hommes ont ri de lui au cours des siècles, mais c’est nous qui rirons les derniers.Nous avons réalisé ce qu’il n’avait fait que rêver. Nous avons appris aux hommes à s’unir et ainsi ils n’ont plus qu’un seul cou autour duquel nous passerons une corde unique. Nous avons trouvé le mot magique : collectivisme. Regardez donc l’Europe, insensé que vous êtes! Etes-vous donc incapable d’aller par-delà les apparences jusqu’à l’essence des choses? Notre pays a fait sienne la doctrine que l’homme n’a aucun droit, que la collectivité les a tous. L’individu considéré comme un mal, la masse comme un dieu. Plus de motifs permis à nos actes autres que de servir le prolétariat. Ca c’est une version. Il en existe une autre : le citoyen n’a aucun droit, l’État les a tous. L’individu est considéré comme un mal, la nation comme un dieu. Plus d’autres motifs à nos actes que de servir la nation. Est-ce que je rêve où est-ce que ces théories ne sont pas devenues des réalités sur deux continents au moins? Observez le mouvement en tenailles. Si vous vous lassez d’une des doctrines, nous vous précipitons dans l’autre. Nous vous tenons, les issues sont bien gardées, le cycle est refermé, il se nomme collectivisme. Donnez votre âme à un conseil ou donnez-la à un dictateur, mais donnez-la, donnez-la, donnez-la! Voilà ma technique, Peter, offrir du poison comme aliment et du poison encore antidote. On peut varier dans le détail, à condition de s’en tenir aux grandes lignes. Donner aux imbéciles l’impression qu’ils sont libres, mais ne jamais perdre de vue l’objectif principal qui est de tuer toute individualité, de détruire l’âme humaine. Le reste suivra automatiquement. Pensez à l’état actuel du monde et dites-moi si vous pensez encore que je suis fou. »

Ayn Rand – La source vive

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Si l’on connaît la place privilégiée que Nietzsche accorde à la musique par rapport aux autres arts, comme émanant directement de la source, de l’instinct vital, on ne s’étonnera pas des violentes critiques que le philosophe allemand proférera à l’égard de Socrate, « l’homme qui ne sait pas chanter ». Socrate va privilégier la conscience et la lucidité par rapport à l’instinct. Il est l’homme non mystique ; Nietzsche dira « l’homme théorique ». En effet, Socrate, le premier, va se permettre d’envisager les mythes, de les concevoir autrement que dans la pensée traditionnelle. Le mythe, de charnel et complexe, va pivoter vers la simplification et l’abstraction. Plus encore, c’est l’amorce d’une rationalisation, d’une explication. Dans le Phèdre de Platon, un dialogue entre Phèdre et Socrate est très révélateur de l’état d’esprit de ce dernier. Evoquant le mythe dans lequel Orythye est enlevée par Borée, Phèdre interroge : « Mais dis-moi, Socrate, crois-tu que cette aventure mythologique soit réellement arrivée ? ». Et Socrate répond : « Mais si j’en doutais, comme les sages, il n’y aurait pas lieu de s’en étonner ». Socrate explique avec des arguments rationnels que le souffle de Borée (le vent) a occasionné la chute d’Orythye qui en est morte. Voilà peut-être le premier argument rationnel destiné à se substituer à un élément mythologique. On le voit ici, cette pensée est très moderne et très accessible à notre compréhension. Socrate et Platon vont donc faire évoluer les mythes, et de la connaissance instinctive, on glisse à la connaissance rationnelle. On n’accepte plus le sens mystique du monde qui va être dévoré par la logique.

Les mythes n’en sont pas pour autant abandonnés : ils vont évoluer, à la fois dans la manière dont ils vont être perçus et dans leur forme propre. Il est temps ici de reprendre le mythe d’Héraklès que nous avons laissé dans la première partie de cet exposé, dans toute la force et la puissance ambiguës d’un être mi-divin, mi-humain, avec sa force surhumaine, ses débauches et ses passions démesurées. Après Sophocle qui, dans Les Trachiniennes, en fait un être brutal et sans finesse, Héraklès ne va cesser d’évoluer vers un idéal. La période hellénistique le montrera comme une divinité civilisatrice dont les travaux seront des épreuves d’utilité publique ; il devient un bienfaiteur de l’humanité au service du bien. Les philosophes (cyniques et stoïciens) vont vanter le caractère hautement moral de l’acceptation volontaire des souffrances qui jalonnent sa vie : il accepte librement le sacrifice ; il se dévoue pour l’humanité. Son nom est invoqué dans les situations difficiles (on l’appelle « Alexikakos », le détourneur de maux) et il devient le « héros » par excellence. Très grec mais très populaire, il passera à Rome où, devenu Hercule, il subira la même épuration qu’en Grèce. Cet Hercule idéalisé n’aura pas de mal à survivre partiellement dans le personnage d’un autre demi-dieu, purificateur de la terre et sauveur du genre humain, le Christ.

La rationalisation est le prélude de la moralisation

Toutefois le mythe purifié se désincarne de plus en plus et chemine vers l’idéalisation, l’abstraction. En s’éloignant du monde, les divinités, dieux et héros, deviennent des idées, des concepts, des absolus. Ce faisant, ils se moralisent et la moralisation nous apparaît comme l’inévitable corollaire de l’absolu. Platon va rejeter le côté humain et refuser ce qu’il appellera « des mensonges de poètes », et les dieux, peu à peu, se tiendront sagement sur l’Olympe, dans une vertu exemplaire invitant à l’imitation autant qu’à l’ennui. En invoquant le monde des idées, Platon a ouvert la porte à un monde où le Bien et le Mal se combattent : le mal est le monde de l’instinct, de l’irrationnel, symbolisé chez Platon par le cheval noir ; le bien est le monde de la volonté, de la tempérance, symbolisé par le cheval blanc ; les 2 chevaux sont conduits par le cocher : la raison. Ce char symbolise l’âme humaine qui, on le voit, hiérarchise ses 2 composantes. L’instinct dès lors ne cessera d’être méprisé, la raison glorifiée. Le mythe en mourra, ce magnifique lien que les hommes avaient tissé pour relier leurs dieux à la condition humaine, au monde sensible ; ce lien est désormais rompu, à jamais sacrifié par quelques hommes fiers d’être moins naïfs, sur l’autel de ce que Heidegger appelle avec bonheur « la pensée calculante ».

Hughes Labrusse, Analyses & Réflexions sur Borges, 1988.

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American Beauty (1999) de Sam Mendes

Les temps sont accomplis, c’est bien l’impression que l’on peut avoir en regardant les première scènes du film tant elles sont un miroir déformant. Les apparences sont les même. Le père Lester, la mère Carolyn et leur fille unique Jane. En apparence, ils forment un ménage heureux, avec leur ravissante fille Jane. Ils ont une belle maison, un beau jardin, dans la belle banlieue de Chicago, avec deux très belles voitures. Mais ce n’est qu’en apparence. Dès les premières scènes Carolyn vit dans la superficialité pour oublier la morosité de sa vie et de son métier (agent immobilier). Jane est mal dans sa peau et ne parle plus à ses parents. Et Lester a un job pourri, une vie sans saveur et ennuyeuse, d’une certaine façon il est déjà mort.

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Le film commence : Vue du ciel, plongée sur un quartier résidentiel, puis sur une rue. Lester Burnham se présente en voix off : ceci est sa rue, son voisinage, sa vie. Il a 42 ans, dans moins d’un an, il sera mort. Il ne le sait pas encore, et d’une certaine manière, il est déjà mort. Lester se réveille dans sa chambre. Il se lève et va prendre sa douche. Il s’octroie ce qui sera le seul bon moment de sa journée : une petite séance de masturbation.
Carolyn coupe des roses dans son jardin : son sécateur est assorti à ses chaussures de jardinage, et ce n’est pas un hasard. Carolyn salue les deux Jim, ses voisins homosexuels. Ils entament une conversation insipide. Lester observe son épouse depuis la fenêtre du salon, la journée à venir l’épuise à l’avance. Dans sa chambre, Jane surfe sur le net, elle se renseigne sur des implants mammaires. Les vêtements informes et sombres qu’elle porte contrastent avec le décor coloré de sa chambre. Carolyn est prête à partir travailler, elle sonne le rappel des troupes en klaxonnant. Elle fait une réflexion désagréable à sa fille au sujet de son apparence et houspille son époux pour qu’il se dépêche. Lester renverse le contenu de son attache case sur la pelouse, sa maladresse est saluée par un double regard de mépris.

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Contrairement à l’Age des ténèbres l’équivalent francophone réalisé par le québécois Denys Arcan qui s’est inspiré d’American Beauty, même si son film marque un discours politique plus appuyé par rapport à celui de Mendes plus intimiste. Là où l’âge des ténèbres est tout à fait pertinent mais peut-être trop sérieux, American Beauty a l’incontestable mérite d’être drôle et acide.
Beaucoup ont vu dans le premier film de Mendes un simple portait au vitriol de la société de consommation américaine. D’une certaine façon cela reste vrai, American Beauty est la face au fond évidente de l’American Dream. Il montre ce qu’il peut y avoir derrière la beauté apparente de ce doux pays (la variété de roses cultivées par Carolyn est nommée American Beauty). Chacun se sert de ce qu’il a de plus valorisant pour oublier sa tristesse, son manque de sens. Pour Angela, c’est bien sûr son physique. Pour Carolyn, c’est son emploi. Et pour Lester ? Rien mais l’avantage (mais en est-ce vraiment un) est qu’il prend conscience de la platitude de sa vie. Il ouvre les yeux sur tout : sa femme ennuyeuse, son hypocrite de patron, sa fille qui le déteste, un travail sans intérêt. Il se rend compte que l’aspect matériel de son existence, sa maison, sa voiture, son canapé, ne valent rien, ne sont qu’un masque destiné à donner un sens à sa vie… en vain.

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Il raconte surtout l’histoire d’un réveil, celui de Lester. Au début il n’est guère plus qu’un mollasson, courbé sur lui-même, laissant sa vie lui passer sous le nez. Il est un être en vase clos, et la réalisation de Mendes renforce cette idée : la première partie du film donne un sentiment d’étouffement, les scènes en intérieur sont nombreuses et les cadrages très serrés. Puis Lester gagne confiance en lui, remet sa femme à sa place, il se redresse, il s’épanouit. A partir de là le film s’aère, les plans sont plus larges, l’impression d’emprisonnement s’estompe car Lester est ou plutôt devient libre. Il évolue dans un monde mi-réel, mi-fantasque où il s’épanouit. Essai transformé pour Mendes qui signe une très belle réalisation. On peut trouver l’ensemble classique (personnellement je trouve la réalisation très ambitieuse et moderne) mais on ne peut lui reprocher son manque d’efficacité
Là où Jean-Marc Le Blanc (le Lester de l’âge des Ténèbres) confrontés à sa mort proche (il est diagnostiqué d’un cancer, maladie moderne par excellence) décide que face à l’écart grandissant avec ses contemporains en premier lieu sa propre famille (sa femme revêche et ses filles gâtées à tête d’Ipod), il ne reste plus guère que la fuite définitive, physique ou mentale, pour échapper à l’emprise du Tout. Fuir pour ne pas être pris par le Grand Tout, cette immonde chose qui, sans bruit, sans agitation, agrège en très peu de temps, des êtres différenciés pour les transformer en simples numéros, ces gens « plus mal foutus que moi ». Mais le plus intéressant est dans que dans American Beauty Lester justement ne fuit pas, et s’il meurt, il aura au moins vécu et montré qu’une porte de sortie existe. Sans forcément recourir à la fuite ou aux forêts. Et même sans recourir aux grandes annonces et aux concerts des trompettes annonçant la révolution prochaine qu’elle soit libérale, conservatrice ou fasciste. Encore faut-il le vouloir. Le vouloir vraiment.

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Les artistes

Jean-Louis Murat travaille comme les paysans dont il célèbre l’existence. D’abord il compose, retiré dans les monts d’Auvergne, puis il enregistre, puis il joue, puis il se terre à nouveau pour reprendre le cycle de sa vie d’artiste. C’est méticuleux, régulier, et toujours talentueux, comme il le prouve avec son dernier album, un petit bijou d’écriture et de mélodie baptisé Grand Lièvre (1). Jean-Louis Murat, un homme rare, mais disert.

Le Point.fr : Vous vous tenez en marge du système. Pourquoi refuser de participer aux opérations caritatives, comme Les Enfoirés ?

Jean-Louis Murat : Je trouve ce système dégoûtant. Les jolis coeurs, les plus-généreux-que-moi-tu-meurs, je n’y crois pas du tout. Tous ces artistes sont des monstres d’égoïsme. La vraie générosité, elle est silencieuse. Tu fais, mais tu fermes ta gueule. Ça ne doit pas devenir un élément de promotion.

Les artistes qui y participent n’ont aucune volonté d’aider une cause, selon vous ?

Non, ils font de la promo. N’importe quelle maison de disque te dira que la meilleure émission de variétés, c’est « Les Enfoirés », et qu’il serait bien d’y être. Tout est dit.

Même pas un soupçon d’altruisme ?…

Moi, toutes ces qualités-là, l’altruisme, le machin, je m’en bats les c… Ces hommes de gauche patentés, je connais leur mode de fonctionnement. Le plus grand des jolis coeurs, Renaud, je l’ai vu faire un truc qui te conduit normalement en prison. Il est devenu mon ennemi de base, même si on ne tire pas sur une ambulance. J’ai vu aussi des hérauts de la gauche jouer au poker une petite nana perdue, une nana de 16 ou 17 ans. « Elle est pour toi ou elle est pour moi ? » Je les ai vus faire ça, ces mecs qui hurlent à la mocheté du monde dès qu’un chien se fait écraser. Dans le business, c’est pire. C’est un milieu où il faut se taire. Ils ne peuvent pas me supporter, je le leur rends bien. Je n’ai pas d’amis là-dedans.

C’est pourquoi vous avez choisi de vivre et travailler en Auvergne ?

Oui. Je ne suis jamais arrivé à me faire à ce milieu. Au début, j’avais un appartement à Paris, parfois je me mélangeais un peu, mais c’était une catastrophe. Je me souviens d’une fois où j’ai mangé avec le patron d’une maison de disque et sa grande vedette. Je n’ai pas passé l’entrée. Je leur ai dit : « Je n’ai rien à voir avec vous, je vous emmerde, au revoir, je me casse. »

Vous dénoncez aussi l’engagement politique des artistes.

C’est le triomphe de l’hypocrisie. Les chanteurs se mettent toujours du côté du manche. La vie d’artiste est beaucoup plus confortable si tu es vaguement contre. Ils essaient de se placer sous une sorte de lumière marxiste. Ils disent : Je suis un rebelle, je suis socialiste. Tous les cons font ça.

Tous ne sont pas de gauche !

Non. Tu peux aussi faire une carrière de lèche-cul à la Souchon. C’est le plus grand stratège de la chanson française. Il est passé de Pompidou à Sarkozy sans broncher. C’est un centriste, si on veut. Souchon, c’est le Lecanuet de la chanson, ou alors, pour être plus moderne, c’est le Bayrou de la chanson. Un exemple à suivre si on veut vendre des disques.

Vous ne vous reconnaissez dans aucun parti ?

Je n’ai jamais été de gauche une seule minute dans ma vie, mais je n’ai jamais été de droite non plus. L’engagement, c’est différent, c’est le pont plus loin. Si tu t’engages, tu dois faire abstraction du fait de savoir si tu es de droite ou de gauche. Ou alors il faut faire de la politique comme Flaubert, c’est-à-dire déceler la connerie, sortir le détecteur. C’est un spectacle tellement ridicule qu’il faut jeter un regard neuf dessus. On aurait besoin de Blake Edwards pour mettre en scène la clownerie de l’accord passé ces derniers jours entre les Verts et le PS, par exemple !

L’artiste n’a rien à dire politiquement ?

Mais quelle est la valeur de l’artiste dans la société ? Qu’est-ce que c’est que ces petits chanteurs de variétés qui font des trucs à la con de trois minutes avant de disparaître, et qui d’un seul coup ont des consciences de Prix Nobel de la paix ? Ça n’est pas sérieux.

Vous faites malgré tout des choix politiques, comme tout le monde…

Idéologiquement, j’aime beaucoup Léon Bloy, Bernanos. Ils ont une façon de penser dans laquelle je me retrouve. Ce sont des pré-communistes, des pro-chrétiens. Si je doute de quelque chose, il suffit de quelques pages de Bernanos, ça me remet à cheval ! Mais ce n’est pas tellement de la politique, c’est plutôt une façon d’envisager la vie et l’individu.

Donc, vous ne vous engagerez pas pour une cause ?

Jamais. L’idéologie chez les artistes, c’est une funeste blague. Ce qu’ils portent vraiment, c’est dans leurs chansons et leur comportement.

Et vous, pourquoi faites-vous des chansons ?

Pour moi. Si elles rencontrent des gens, très bien. Mais je n’ai jamais pensé à quelqu’un d’autre que moi en écrivant une chanson. Même dans la chanson populaire, même Bruant, même Pierre Perret, ils pensent d’abord à leur gueule.

C’est de l’égocentrisme !

Non, c’est la nature des choses. Je ne pense pas qu’un artiste puisse amener quoi que ce soit. Je pense que les enjeux sont ailleurs. Ils sont à l’extrême intérieur, dans le saint des saints de chacun. La seule idée que j’aimerais faire passer, c’est que chacun a en soi une énergie quasi infinie.

C’est ce que vous démontrez sur scène, où vous semblez comme possédé ?

Sur scène, je vais dans une sorte de château-fort intérieur. S’il y a quelque chose qui peut être exemplaire chez l’artiste, c’est ce chemin sportif qui mène vers ce « Fort-Boyard » dans lequel je me mets sur scène. Ce chemin a du sens. Un concert, c’est un meeting d’athlétisme. Je ne l’envisage que comme ça. Je fais un disque tous les ans parce que je défends une idée quasi héroïque de l’énergie. Je peux regarder quinze fois un sprint d’Usain Bolt, et ça me sert pour écrire mes chansons. Je suis dans quelque chose de primitif, d’où vient l’énergie, le feu sacré.

En revanche, vous ne parlez pas pendant un concert. Les spectateurs ont l’impression que vous les méprisez…

Je ne dis plus rien parce que tout le monde filme. Cinq minutes après, tu te retrouves sur Internet. Pourtant, j’ai eu des moments très spectaculaires. Le lundi qui suit la défaite de Jospin en avril 2002, par exemple, je suis en concert à la Cigale. J’attaque par une blague où je dis : 80 ans de communisme, 80 millions de morts, on est bien débarrassé ! Silence de cathédrale dans la salle. Le public ne supporte pas ce genre de truc ! En fait, j’aime beaucoup déclencher le rire jaune, j’aime bien aller à la limite. Il faut être créatif.

Qui sont vos héros personnels ?

Les sportifs, comme Usain Bolt ; peu d’artistes, ou alors des morts. J’aime Proust, par exemple. En musique, j’en ai très peu. J’aime bien les gagnants, mais aussi les losers. Je trouve qu’il y a une abnégation incroyable chez Van Morrison, chez Tony Joe White, chez JJ Cale. Ils ne sont jamais arrivés en haut mais ils s’en foutent, ils rament !

Ils ont cette fameuse énergie, ce feu sacré ?

Voilà ! J’aime aussi les gens qui, comme Bernanos, vont vers le surnaturel ou le mysticisme. Hector, Achille, Léon Bloy, Bahamontès et Usain Bolt, c’est un mélange de tout ça. Mais j’aime pas les lopettes, ce qui semble être la particularité du monde politique : fabricant de lopettes. Même Proust pouvait provoquer quelqu’un en duel et aller au coin du bois. Dans le monde politique d’aujourd’hui, pas un seul serait capable de le faire !

L’une de vos chansons, sur votre dernier album, proclame ceci : « Dans ce monde moderne je ne suis pas chez moi ». Vous êtes misanthrope ?

Je dis ensuite : « Merci pour tant de peine, mais je ne t’aime pas. » C’est ce que je pense vraiment. C’est même vicieux, puisque ça me plaît assez qu’on ne m’aime pas. Être une vedette dans ce monde pourri, je n’apprécierais pas tellement ! C’est plutôt un honneur d’être détesté. Mais je ne suis pas suicidaire. Je suis un mec simple. Je garde les valeurs paysannes : se lever tôt, travailler. Et ce que les autres en pensent, à vrai dire, on s’en fout.

(1) Grand Lièvre, Jean-Louis Murat, V2 Music/Polydor

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La palette d’experts engagée par la Communauté Urbaine est formelle.
Une étude approfondie se basant sur des fichiers videos, la consultation des souches des carnets d’amendes, des interviews de contrôleurs, a permis de mettre des visages sur les plus gros ennemis des transports Bordelais, à savoir:

– La femme active de souche
– Le cadre quinquagénaire de souche
– L’étudiant petit bourgeois de souche

Je rappelle que le phénomène de fraude, comme le vol, la violence gratuite et l’incivilité en général, sont des conséquences logiques d’une condition sociale intenable.

Il est donc parfaitement naturel d’y trouver ces trois ennemis de la société et de sensibiliser la population face à ces fléaux.

Citoyens, restez sur vos gardes!

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