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Archive for mars 2012

Il faut en revenir à la maxime du Grand Maître : vous aurez toujours des pauvres au milieu de vous ; et il est plus important qu’on ne pense de laisser sous les yeux du pauvre, le spectacle de la richesse bienfaisante. L’administration aura beau faire, elle ne soulagera jamais toutes les misères individuelles […].
Bien plus, quand l’administration pourrait soulager toutes les misères, elle devrait bien se garder d’ôter à la charité particulière un aliment nécessaire, un puissant moyen de rapprochement entre les diverses conditions.
Dans une société où il n’y aurait personne à soulager, il n’y aurait que des égoïstes, dont le cœur insensible aux malheurs des autres, ne serait dilaté que par la vue de l’or, ne palpiterait jamais que de la crainte de le dépenser.

Louis de Bonald « Théorie du pouvoir politique et religieux »

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«Demandez-moi donc si je crois à l’esprit des choses dans la mesure où elles ont servi, et je répondrai oui. Elles sont toutes là. Toutes les choses qui avaient une fonction. Toutes les montagnes qui avaient un nom. Et nous ne pourrons jamais nous en servir sans éprouver un sentiment de gêne. Et d’une façon ou d’une autre, les montagnes ne sonneront jamais juste à nos oreilles ; nous leur donnerons de nouveaux noms, mais les anciens noms sont là, quelque part dans le temps, et ces montagnes ont été modelées et contemplées sous ces noms-là. Les noms que nous donnerons aux canaux, aux montagnes, aux cités glisseront dessus comme l’eau sur les plumes d’un canard. Peu importe la façon dont nous y toucherons, nous ne toucherons jamais Mars. Alors ça nous mettra en rage contre cette planète, et savez-vous ce que nous ferons ? Nous la dépècerons, la dépiauterons et la transformerons à notre convenance
— Nous n’abîmerons pas Mars. C’est un monde trop vaste et trop avantageux

— Vous croyez? Nous autres Terriens avons le don d’abîmer les belles et grandes choses. Si nous n’avons pas installé des marchands de hot-dogs au milieu du temple égyptien de Karnak, c’est uniquement parce qu’il était situé à l’écart et n’offrait pas de perspectives assez lucratives. Et l’Égypte n’est qu’une petite partie de la Terre. Mais ici, tout est ancien et différent, et il va falloir s’installer quelque part et commencer à tout dénaturer. On appellera tel canal le canal Rockefeller, telle montagne le mont King George, telle mer la mer Dupont de Nemours, il y aura des villes du nom de Roosevelt, Lincoln, Coolidge, et ça ne tombera jamais juste, puisque tous ces lieux ont déjà un nom qui leur est propre.

— Ce sera votre travail, à vous autres archéologues, de retrouver les anciens noms pour que nous les utilisions.

— Une poignée d’hommes comme nous contre tous ces intérêts commerciaux…» Spender regarda les montagnes gris acier. «Ils savent que nous sommes ici ce soir, prêts à cracher dans leur vin, et j’imagine qu’ils nous haïssent.» Le capitaine secoua la tête. « Il n’y a pas de haine ici. » Il écouta le vent. «À en juger d’après leurs cités, c’était un peuple épris d’élégance, de beauté et de philosophie. Ils acceptaient leur destin. Pour autant que nous sachions,leur race s’est éteinte naturellement, sans une ultime guerre de dépit pour détruire leurs villes. Celles que nous avons vues jusqu’ici étaient absolument intactes. Sans doute ne se soucient-ils pas plus de notre présence ici que de celle d’enfants qui joueraient sur une pelouse et doivent être pris pour ce qu’ils sont. D’ailleurs, il se peut que tout cela nous rende meilleurs.

Ray Bradbury, Chroniques Martiennes

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