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Archive for avril 2012

Annonce publique

Chers lecteurs,

Inutile de se trouver des excuses, on est victime de son époque.

C’est pourquoi NoCountryForWhiteMen est maintenant followable sur Tweeter.

Pour l’instant, pas beaucoup d’action, mais cela viendra, croyez-le bien.

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Successive ou subite, venue de la peste, de la longue guerre ou du massacre, l’oliganthropie n’est pas toujours incurable. Des peuples ont subi sans périr des saignées aussi cruelles. Il n’y a que l’espace d’une vie d’homme entre la France de Jeanne d’Arc, dépeuplée par la peste noire et la guerre, et la France de Louis XII débordante de population et de richesse, frémissante d’énergie inemployée. La guerre de Trente ans, en dévastant l’Allemagne, ne l’a point jetée dans une oliganthropie sans remède, et si un peuple dans l’histoire avait dû singulièrement périr de cette maladie, n’eût-ce pas été le peuple arménien, saigné aux quatre veines depuis les temps des Assyriens et réparant toujours la race par l’inlassable énergie de son sang ?

Mais peut-être faut-il, pour que l’oliganthropie soit mortelle, deux conditions, dont une seule était réalisée tians cette France, dans cette Allemagne, dans cette Arménie, mais dont nulle n’a manqué à la Grèce du IIIe siècle qui précède le Christ, ni à la Rome du IIIe siècle qui le suit. Il faut qu’au dépeuplement imposé par la destinée se joigne le dépeuplement voulu par l’homme, qu’au dépeuplement qui fauche les générations vivantes se joigne celui qui refuse l’être à la poussée réparatrice, à la génération future. De sorte qu’il est rigoureusement vrai de dire qu’un peuple ne meurt que lorsqu’il le veut. La Grèce du IIIe siècle, au moment même de sa plus oliganthropie, produit, avec les Praxitèle et les Scopas, les suprêmes sculpteurs de l’individu, les Épicure et les Zenon. Et ceux-là, en modelant la figure parfaite du sage, lui enseignent l’inutilité, la vanité, le danger d’une famille qui brouillerait les traits de la pure œuvre d’art. Et Rome s’affaisse de même quand une conspiration générale et tacite se forme pour éviter les mêmes charges. Le vide alors agit comme un appel d’air sur les masses extérieures, celles des Macédoniens en Grèce et des Germains sur Rome, qui s’y engouffrent et font tout écrouler. Les massacres de la grande guerre, les épidémies et la faim ont fait subir à l’Europe des pertes d’hommes relativement aussi considérables que celles qui épuisèrent la Grèce.

A ces pertes d’hommes s’est ajoutée chez les survivants une perte d’énergie vitale. Et la perte d’hommes, la perte d’énergie sont suivies, ainsi que le corps par l’ombre, par des prodromes d’oliganthropie volontaire, une francisation (en un singulier sens) de l’Europe. Comme l’analogie porte alors sur des quantités mesurables, comme les causes des événements historiques envisagées ici sont quantitatives, les ressemblances peuvent être serrées de plus près, il est permis de conclure d’une époque à l’autre avec plus de vraisemblance, et de garder, en refermant Thucydide, certaine angoisse. Certes il serait bien aventureux, sur des indices peut-être temporaires et locaux, de croire à l’imminence générale de cette oliganthropie volontaire, d’accueillir les exemples grecs et romains plutôt qu’européens et chrétiens. Mais si par malheur ce revenant est en route, c’est un vieux rythme de la nature que l’histoire de l’antiquité nous aide à reconnaître et à classer.

Albert Thibaudet, La campagne avec Thucydide, 1922

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Long texte que je mettrais en deux parties (aujourd’hui et demain) afin de le rendre digeste.

Oliganthropie : décroissance extrême d’une population humaine, conduisant cette dernière jusqu’à l’extinction

Tout conspire à disjoindre la Grèce, et tout aussi conspire à en composer une nouvelle. Cette dissolution apparente ne se fait pas dans un espace glacé, dans un infini où les mondes rayonnent de la chaleur et où se dissipe une énergie décroissante. Elle a lieu dans un monde fermé, où l’énergie que perd une idée révolue s’incorpore pour l’animer à une idée nouvelle, où l’hellénisme local glisse vers cet hellénisme humain que les grandes monarchies mettront au point, la conquête d’Alexandre, le gouvernement des Ptolémées et des Séleucides, l’empire de Rome. Il faut pour préparer ce brassage la terrible crise morale que Thucydide date des massacres de Corcyre. Mais l’histoire ne se répète pas et il serait bien vain et téméraire de voir dans la semblable crise morale déterminée aujourd’hui par la guerre l’amorce d’une fusion pareille. L’histoire, science du présent, ne permet de comprendre l’avenir que lorsqu’il est devenu du passé. C’est alors que pour le prophétiser, nous nous reculons vers un passé plus ancien, et cette prophétie continuelle du passé nous donne l’illusion qu’elle réussira encore, appliquée à l’avenir.

Tout au plus une transformation due à un changement purement quantitatif peut-elle se reproduire lorsque des quantités analogues croissent ou décroissent pareillement. Une Grèce nouvelle s’est d’une certaine façon répandue sur le monde, mais une certaine Grèce historique parfaitement définie, la Grèce de la cité, a été blessée à mort par une cause purement mécanique, qui est la perte d’hommes, l’extermination automatique des cités sous la guerre. Les neuf mille guerriers qui ont fondé la Sparte dorienne sont de plus en plus réduits, le temps n’est pas éloigné où il en restera trois cents et ce serait une belle chose que de restituer, comme Grainville fit du Dernier homme, ce dernier Spartiate, qui, au temps de Cymodocée et d’Eudore, a pu consciemment amèrement, superbement exister. On imagine Chateaubriand, en 1806, évoquant sur les ruines de Sparte et enviant ce père inconnu. La population d’Athènes qui, au contraire de celle de Sparte, fut toujours mêlée, retrempée de sang allogène, ne se défait pas avec cette régularité sombre et belle de blocs qui se détachent, de citoyens qui forment les seuls murs de la cité et qui tombent un à un comme les pierres de ces murs. Mais rien ne peut compenser les énormes saignées que sont la grande peste, les désastres d’Égypte et de Sicile, les vingt-sept ans de guerre presque ininterrompue. La guerre du Péloponése inaugure la maladie qui tuera le monde antique (la seule d’ailleurs qui puisse tuer vraiment un monde, un peuple, une cité), l’oliganthropie, Athènes et Sparte, qui périront par une oliganthropie successive, endureront peu à peu le sort qu’elles ont fait subir en bloc, en une de ces nuits d’horreur troyenne qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle, à Mélos et à Éginc, à Messène et à Platées.

A suivre

Albert Thibaudet, La campgagne avec Thucydide, 1922

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Après avoir hésité à marquer cet article de la série « approche empirique du progressisme », j’épargne la longueur du titre à vos yeux délicats.

Par ailleurs ça fait un moment que je voulais parler de la culture d’entreprise. Pour ceux d’entre vous qui ne sont pas immergés dans une boîte nécrosée par le management à outrance, ne me prenez pas pour un dingue, tout ceci est réel.

Bref c’est quoi, cette culture d’entreprise?

De nombreuses composantes sont identifiables, citons par exemple :

-histoire de l’entreprise (grands hommes, fondateurs, évolution des produits,…) ;
-rites ;
-contexte culturel initial (professionnel ou national) ;
-symboles ;
-structures de pouvoir ;
-héros ;
-valeurs (implicites ou explicites) ;
-croyances collectives ;
-mythes (ex: entreprise fondée dans un garage) ;
-codes vestimentaires ;
-langage précis ;
-méthodes de travail ;
-habitudes socio-culturelles ;

Les composantes de la culture d’entreprise selon Wikipédia

Pour faire court: parce que la rémunération variable n’intéresse pas tout le monde, parce que le stress du boss n’a aucun effet sur certains, les manajeurs ont pondu ceci afin de motiver leurs troupes de petits Stakhanov. Sauf qu’on ne parle plus de Parti, mais de Groupe, de Boîte, de Branch,…

Une vraie fabrique à bons petits soldats! On se croirait en famille, et c’est le but non-dissimulé. Mais essayez donc de faire la gueule à ce repas de famille et vous êtes grillé pour de bon. Pas de mamie qui vient vous remonter le moral, pas d’oncle qui prendra votre défense si vous avez un mot plus au que l’autre envers le chef de famille.

Comme bon nombre d’inventions diaboliques, on doit celle-ci au monde corporate anglo-saxon. Ces derniers se sont aperçus qu’une entreprise qui comportait des opinions ouvertement différentes, des tenues, des langages,… n’était pas cohérente, donc faible. Or, comme ils ne vivent que pour le sacro-saint avantage concurrentiel, il y remédièrent en se servant de l’entreprise elle-même. L’idée, c’est de donner un sens au travail, que le salarié pense pouvoir s’épanouir sans que l’on n’y perde de fric. Et c’est vrai si l’on se réfère à la fameuse pyramide de Maslow: après le besoin alimentaire, assouvi par le salaire de base, l’étape suivante est le besoin d’appartenance. Alors oui il pourrait s’investir dans une association, un groupe de musique, que sais-je encore? Mais on y gagne quoi, nous? Autant qu’il se sente appartenir à notre cause, il n’en sera que plus productif!
L’employé fier de sa boîte aura moins besoin que l’on soit derrière son cul, et s’il est récalcitrant, il se fera remettre en place tout en douceur par un collègue. De cette façon, le manajeur reste le gentil de l’histoire.
Ce n’est pas sans me rappeler la réplique de Zemmour à Xavier Niel, patron de Free. En substance, il disait que les grands patrons n’avaient jamais paru aussi décontract, alors qu’ils n’ont jamais été aussi durs capitalistes…

Donc moins de coûts d’encadrement, mais aussi moins de salaires, parce que le salarié impliqué n’a pas peur des heures sup’ (non payées, vous vous croyez où?), c’est même devenu un must à savoir placer en entretien d’embauche!

D’ailleurs les derniers arrivés ont le droit à la Grand Messe, la journée d’intégration! Là, si t’es pas Stakhanov, t’es déjà mort. C’est quoi le programme? Une course d’orientation? J’adore! Une course en sac? J’suis champion départemental!

Prenons un exemple connu: Disney!

Les gens embauchés là-bas pour être en contact avec la clientèle, on les appelle les CastMembers. Et tout le vocabulaire professionnel qui va avec tourne autour du théâtre et du cinéma. C’est un métier d’acteur, et la journée de travail est une représentation.

Disneyland Paris : «Venez vivre la magie »

J’ai pris cet exemple mais il y en a des tonnes, de Ikea à Apple avec ces auto-proclamés par le haut genius.
Par exemple, je vous mets au défi de foutre les pieds dans une agence LCL le matin, à l’ouverture. Vous verrez le cirque auquel le premier client de la journée est convié.

Je charrie cette idée d’identité d’entreprise, mais il faut reconnaître le concept à fait ses preuves.

Finalement si on résume, la culture d’entreprise, c’est tout un tas de valeurs issues de l’histoire cette dernière, de ses héros et de ses mythes. Elle a son propre langage, sa façon de s’habiller et de se comporter. Et pour couronner le tout, elle se transmet aux nouveaux arrivants par un truc qui s’appelle la « journée d’intégration ».

Alors pour finir j’ai une question pour vous: Est-ce-que vous imaginez ma gueule, quand une petite prof rousse et toute guillerette m’avait fait cours là dessus, en pleine polémique de débat sur l’identité nationale?

Vous voyez maintenant où je voulais en venir.

Allez, encore un petit coup de Wikipédia pour finir:

Cette culture peut mourir, se trouver absorbée ou être métissée en cas de faillite, fusion ou scission de l’entreprise qui porte cette culture, qu’elle soit constituée en grande ou petite communauté humaine.

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Hier soir, un millionnaire crétin, qui ne secouru jamais personne, a perdu mille louis au cercle, au moment même où quarante pauvres filles que cet argent eût sauvées tombaient de faim dans l’irréméable vortex du putanat ; et la délicieuse vicomtesse que tout Paris connaît si bien a exhibé ses tétons les plus authentiques dans une robe de couleur de la quatrième lune de Jupiter, dont le prix aurait nourri, pendant un mois, quatre-vingts vieillards et cent vingt enfant !
Tant que ces choses seront vues sous la coupole des impassibles constellations, et racontées avec attendrissement par la gueusaille des journaux, il y aura –en dépit de tous les bavardages ressassés et de toutes les exhortations salopes, – une gifle absolue sur la face de la Justice, et, -dans les âmes dépossédées de l’espérance d’une vie future, – un besoin toujours grandissant d’écraser le genre humain.
– Ah ! vous enseignez qu’on est sur terre pour s’amuser. Eh bien ! nous allons nous amuser, nous autres, les crevants de faim et les porte-loques. Vous ne regardez jamais ceux qui pleurent et ne pensez qu’à vous divertir. Mais ceux qui pleurent en vous regardant, depuis des milliers d’années, vont enfin se divertir à leur tour et, – puisque la Justice est décidément absente, – ils vont, du moins, en inaugurer le simulacre, en vous faisant servir à leurs divertissements.
Puisque nous sommes des criminels et des damnés, nous allons nous promouvoir nous-mêmes à la dignité de parfaits démons, pour vous exterminer ineffablement.
Désormais, il n’y aura plus de prières marmonnées au coin des rues, par des grelotteux affamés, sur votre passage. Il n’y aura plus de revendications ni de récriminations amères. C’est fini, tout cela. Nous allons devenir silencieux…
Vous garderez l’argent, le pain, le vin, les arbres et les fleurs. Vous garderez toutes les joies de la vie et l’inaltérable sérénité de vos consciences. Nous ne réclamerons plus rien, nous ne désirerons plus rien de toutes ces choses que nous avons désirées et réclamées en vain, pendant tant de siècles. Notre désespoir complet promulgue, dès maintenant, contre nous-mêmes, la définitive prescription qui vous les adjuge.
Seulement, défiez-vous !… Nous gardons le feu, en vous suppliant de n’être pas trop surpris d’une fricassée prochaine. Vos palais et vos hôtels flamberont très bien, quand il nous plaira, car nous avons attentivement écouté les leçons de vos professeurs de chimie et nous avons inventé de petits engins qui vous émerveilleront.
Quant à vos personnes, elles s’arrangeront pour acclimater leur dernier soupir sous la semelle sans talon de nos savates éculées, à quelques centaines de pas de vos intestins fumants ; et nous trouverons, peut-être, un assez grand nombre de cochons et de chiens errants, pour consoler d’un peu d’amour vos chastes compagnes et les vierges très innocentes que vous avez engendrées de vos reins précieux…
Après cela, si l’existence de Dieu n’est pas la parfaite blague que l’exemple de vos vertus nous prédispose à conjecturer, qu’Il nous examine à son tour, qu’Il nous damne sans remède, et que tout finisse ! L’enfer ne sera pas, sans doute, plus atroce que la vie que vous nous avez faite.
Mais, dans ce cas, Il sera forcé de confesser devant tous ses anges, que nous aurons été ses instruments pour vous consumer, car Il doit en avoir assez de vos visages ! Il doit être, au moins, aussi dégoûté que nous, cet hypothétique Seigneur ; il vous a, sans doute, vomi cent fois, et si vous subsistez, c’est qu’apparemment il a l’habitude de retourner à ses vomissements !
Tel est le cantique des modernes pauvres, à qui les heures de la terre, -non satisfaits de tout posséder, – ont imprudemment arraché la croyance en Dieu. C’est le Stabat des désespérés !
Ils se sont tenus debout, au pied de la Croix, depuis la sanglante Messe du grand Vendredi, – au milieu des ténèbres, des puanteurs, des dérélictions, des épines, des clous, des larmes et des agonis. Pendant des générations, ils ont chuchoté d’éperdues prières à l’oreille de l’Hostie divine, et – tout à coup -, ont leur dévoile, d’un jet de science électrique, ce gibet poudreux où la dent des bêtes a dévoré leur Rédempteur… Zut ! alors, ils vont s’amuser !


Léon Bloy, Le désespéré

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