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Archive for the ‘Christianisme’ Category

Mais l’homme ne voulait pas se taire. Le prêtre se rappela une source de pétrole que des prospecteurs avaient découverte un jour près de Concepción : le terrain n’était pas assez riche pour justifier de plus grands travaux, mais pendant quarante-huit heures, un jet noir, perçant le sol stérile et marécageux, avait jailli vers le ciel, pour l’écouler ensuite et s’infiltrer dans la terre, à raison de deux cent mille litres par heure. Tel est chez l’homme le sentiment religieux, qui s’élance brusquement vers le ciel, en une colonne noire de fumée et de scories, puis se perd à jamais.

« Voulez-vous que je vous dise ce que j’ai fait ? C’est votre métier de m’écouter. J’ai pris de l’argent aux femmes, en échange de… vous savez quoi, et j’ai donné cet argent à de jeunes garçons…

-Je ne veux rien entendre.

-C’est votre métier.

-Vous vous trompez.

-Oh ! Mais non. Vous n’arriverez pas à me donner le change. Ecoutez. J’ai entretenu de petits jeunes gens… vous savez ce que je veux dire. Et j’ai mangé de la viande le vendredi. »

Un horrible mélange du trivial et du grotesque coulait entre les crocs jaunes, et la main qui serrait la cheville du prêtre ne cessait de trembler de fièvre.

« J’ai menti. Je n’ai pas jeûné pendant le carême depuis je ne sais combien d’années. Il m’est arrivé de posséder deux femmes à la fois… Je vais vous raconter comment j’ai fait… »

Il avait un sentiment démesuré de sa propre importance : il était incapable d’imaginer ce monde dont il n’était qu’un détail banal, ce monde de traîtrise, de violence et de luxure où sa propre ignominie était tout à fait insignifiante. Combien de fois le prêtre avait-il entendu cette même confession ? Les hommes sont si limités : ils n’ont même pas l’habileté d’inventer un vice nouveau : les animaux en savent autant qu’eux. Et c’est pour ce monde que le Christ est mort ; plus l’on voit de corruption autour de soi, plus la gloire qui entoure sa mort resplendit. C’est trop facile de mourir pour ce qui est bon ou beau, son foyer, ses enfants ou la civilisation… il fallait un Dieu pour mourir afin de sauver des hommes lâches et corrompus.

Graham Greene – La Puissance et la Gloire

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Il y en a beaucoup qui meurent trop tard et quelques-uns qui meurent trop tôt. La doctrine qui dit : « Meurs à temps ! » semble encore étrange.

Meurs à temps : voilà ce qu’enseigne Zarathoustra.

Il est vrai que celui qui n’a jamais vécu à temps ne saurait mourir à temps. Qu’il ne soit donc jamais né ! – Voilà ce que je conseille aux superflus.

Mais les superflus eux-mêmes font les importants avec leur mort, et la noix la plus creuse prétend être cassée.

Ils accordent tous de l’importance à la mort : mais pour eux la mort n’est pas encore une fête. Les hommes ne savent point encore comment on consacre les plus belles fêtes.

Je vous montre la mort qui consacre, la mort qui, pour les vivants, devient un aiguillon et une promesse.

L’accomplisseur meurt de sa mort, victorieux, entouré de ceux qui espèrent et qui promettent.

C’est ainsi qu’il faudrait apprendre à mourir ; et il ne devrait pas y avoir de fête, sans qu’un tel mourant ne sanctifie les serments des vivants !

Mourir ainsi est la meilleure chose ; mais la seconde est celle-ci : mourir au combat et répandre une grande âme.

Mais haïe tant par le combattant que par le victorieux et votre mort grimaçante qui s’avance en rampant, comme un voleur – et qui pourtant vient en maître.

Je vous fais l’éloge de ma mort, de la mort volontaire, qui me vient puisque je veux.

Et quand voudrais-je ? – Celui qui a un but et un héritier, veut pour but et héritier la mort à temps.

Et, par respect pour le but et l’héritier, il ne suspendra plus de couronnes fanées dans le sanctuaire de la vie.

En vérité, je ne veux pas ressembler aux cordiers : ils tirent leur fils en longueur et vont eux-mêmes toujours en arrière.

Il y en a aussi qui deviennent trop vieux pour leurs vérités et leurs victoires ; une bouche édentée n’as plus droit à toutes les vérités.

Et tous ceux qui cherchent la gloire doivent au bon moment prendre congé de l’honneur, et exercer l’art difficile de s’en aller à temps.

Il faut cesser de se faire manger, au moment où l’on vous trouve le plus de goût : ceux-là le savent qui veulent être aimés longtemps.

Il y a bien aussi des pommes aigres dont la destinée est d’attendre jusqu’au dernier jour de l’automne. Et elles deviennent en même temps mûres jaunes et ridées.

Chez les uns le cœur vieillit d’abord, chez d’autres l’esprit. Et quelques-uns sont vieux dans leur jeunesse : mais quand on est jeune très tard, on reste jeune très longtemps.

Il y en a qui manquent leur vie : un ver venimeux leur ronge le cœur. Qu’ils tâchent au moins de mieux réussir dans leur mort.

Il y en a qui ne prennent jamais de saveur, ils pourrissent déjà en été. C’est la lâcheté qui les retient à leur branche.

Il y en a beaucoup trop qui vivent et trop longtemps ils restent suspendus à leur branche. Qu’une tempête vienne et secoue de l’arbre tout ce qui est pourri et mangé par le ver ?

Viennent les prédicateurs de la mort rapide ! Ce seraient eux les vraies tempêtes qui secoueraient l’arbre de la vie ! Mais je n’entends prêcher que la mort lente et la patience avec tout ce qui est « terrestre ».

Hélas ! vous prêchez la patience avec ce qui est terrestre ? C’est le terrestre qui a trop de patience avec vous, blasphémateurs !

En vérité, il est mort trop tôt, cet Hébreu qu’honorent les prédicateurs de la mort lente, et pour un grand nombre, depuis, ce fut une fatalité qu’il mourût trop tôt.

Il ne connaissait encore que les larmes et la tristesse de l’Hébreu, ainsi que la haine des bons et des justes, – cet Hébreu Jésus : et voici que le désir de la mort le saisit à l’improviste.

Pourquoi n’est-il pas resté au désert, loin des bons et des justes ! Peut-être aurait-il appris à vivre et à aimer la terre – et aussi le rire !

Croyez-m’en, mes frères ! Il est mort trop tôt ; il aurait lui-même rétracté sa doctrine, s’il avait vécu jusqu’à mon âge ! Il était assez noble pour se rétracter !

Mais il n’était pas encore mûr. L’amour du jeune homme manque de maturité, voilà pourquoi il hait les hommes et la terre. Chez lui l’âme et les ailes de la pensée sont encore liées et pesantes.

Mais il y a de l’enfant dans l’homme plus que dans le jeune homme, et moins de tristesse : l’homme comprend mieux la mort et la vie.

Libre pour la mort et libre dans la mort, divin négateur, s’il n’est plus temps d’affirmer : ainsi il comprend la vie et la mort.

Que votre mort ne soit pas un blasphème sur l’homme et la terre, ô mes amis : telle est la grâce que j’implore du miel de votre âme.

Que dans votre agonie votre esprit et votre vertu jettent encore une dernière lueur, comme la rougeur du couchant enflamme la terre : si non, votre mort vous aura mal réussi.

C’est ainsi que je veux mourir moi-même, afin que vous aimiez davantage la terre à cause de moi, ô mes amis ; et je veux revenir à la terre pour que je retrouve mon repos en celle qui m’a engendré.

En vérité, Zarathoustra avait un but, il a lancé sa balle ; maintenant, ô mes amis, vous héritez de mon but, c’est à vous que je lance la balle dorée.

Plus que toute autre chose, j’aime à vous voir lancer la balle dorée, ô mes amis ! Et c’est pourquoi je demeure encore un peu sur la terre : pardonnez-le-moi !

Ainsi parlait Zarathoustra.

De la libre mort, Nietzsche


Il s’agit peut-être du passage qui m’a le plus intéressé dans Zarathoustra. C’est le point culminant de la liberté. Les cimes de la dignité. De culture chrétienne, mais non praticante, c’est non sans tiraillement que je dois l’avouer. Quoique j’ai du mal avec la pensée d’un Dieu qui ne soit qu’amour. Alors dire que le suicide est une offense à son amour…

Il est normal que l’influence religieuse joue un rôle énorme dans l’idée que l’on se fait de la mort. Et notre époque cadre mal avec ce genre de préceptes de toute manière. Quoique. A l’époque où l’on bavasse sur le financement des retraites, on pourrait glisser l’argument dans la conversation et voir le chemin qu’elle prend. Ne pas sous-estimé l’opportunisme de nos modernes.

Dans la société moderne, on accorde trop de valeur à la vie. On mène tous des vies insignifiantes, vaguement dirigées par une succession de choix sécuritaires. Presque tous pour être honnête. Et on pense  être unique. Depuis la création de la vie, il est clair que la Terre a vu passer des Mr Nice Guy à la pelle. Sur cette durée, je ne suis vivant que depuis à peine un quart de siècle. Ce qui n’est pas vivant est mort, on est donc mort la plupart du temps*. Ça fout le cafard mais pourquoi en faire tout un plat? Sauf que cette belle théorie a une limite de taille. La famille. Les amis. Moi-même, j’accorde une valeur inestimable à leur existence.

Les plus grands hommes ont su mourir à temps. Je doute qu’Alexandre ait songé à préparer ses vieux jours quand il traçait la route, toujours plus à l’Est. Nietzsche parle de Jésus et dit qu’il est mort trop tôt. Mais il est mort en public. Palahniuk l’aborde quelques part dans « Survivant » ce concept de mourir en présence de témoins qui pourront raconter notre histoire. Est-ce-que le monde serait ce que l’on sait si Jésus était mort seul, dans son coin? D’ailleurs, il y a peu, j’étais dans les carnets de voyages de Guevara. C’est intéressant de lire cet homme. Castro a sû lui offrir le martyr avec la mise en scène qui va avec, pour devenir l’icône que l’on sait. En revanche, je doute qu’il souhaitait avoir sa gueule placardé sur les sweat à capuches des jeûnes occidentaux. Mais c’est une autre histoire.

Voilà les deux versants de la mort digne.

Il y en a une qui tient du devoir. Transmettre un patrimoine décent à ses enfants qui auront reçu une éducation non-moins décente.  C’est ce sentiment d’accomplissement qui devrait ôter cette peur de mourir que l’on a tous. Il s’agit d’arrêter de crever comme on le fait, de cancer entres autres saloperies. Chopper Alzheimer et direction la maison de retraite pour une fin rythmée par le scrabble et les émissions de Dechavane. De plus pouvoir se laver, aller aux chiottes, ou même reconnaître sa famille. Dans le meilleur des cas se contenter des exceptionnelles visites des petits enfants pour enjouer un quotidien d’un ennui mortel. La déroute.

Et l’autre plus pragmatique, plus artistique, réservée à ceux qui ont une grande destinée. Le choix (ou non, je pense à Cobain) de leur fin est la dernière note appuyée d’une symphonie dont la longueur importe peu. La touche finale de leur leg au monde.

En fin de compte, il est toujours plus aisé de parler que d’appliquer. Et le premier qui me dit que je suis un gothique ou un dépressif, je lui lâche les chiens.

Dernière chose, et pour éviter tout malentendu, je ne fais pas la promotion de l’euthanasie. Je vous invite à lire le billet de Cherea que je rejoins. Ce n’est pas non plus l’apologie du suicide. Je partage juste un concept que je cogite depuis que je l’ai lu. Comment pourrais-je, du haut de mon âge et de mon expérience, prôner comment vivre et mourir?

*Je suis tombé récemment sur une citation d’Auguste Comte qui dit que l’humanité se compose de plus de morts que de vivants. Bien entendu, ce n’est que de la logique pure. Mais c’est amusant de tomber dessus en écrivant cet article.
Neo

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En fin d’après-midi alors que je rentrais chez moi, j’ai entendu un journaliste radio demander à un aréopage de commentateurs triés sur le volet et censés « refaire le monde » s’il était normal en France d’accueillir plus facilement des chrétiens d’Irak que des musulmans. J’avoue que mon sang n’a fait qu’un tour et que je me suis répandu en imprécations diverses entrecoupées de noms d’oiseaux à l’adresse de ce sinistre crétin qui devait certainement se sentir très intelligent et particulièrement politiquement incorrect.

Pour ma part ça ne fait pas l’ombre d’un doute. Si la France a vocation à accueillir des hommes et des femmes accablés par le pouvoir en place dans leur pays cela doit concerner prioritairement sinon exclusivement les chrétiens. Je me contrefout de l’humanisme bêlant de la bien-pensance boboïde et jetseteuse, les bêlements des associatifs de l’antiracisme et des langues sous la douche entre les peuples m’indiffèrent. Qu’ils aillent se faire foutre. Leurs soi-disant souffrances endurées dans le pays des drouadloms ne sont rien en regard de ce que doivent subir les coptes d’Égypte, et plus largement tous les chrétiens d’Orient. La France est fille aînée de l’Église depuis plus d’un millénaire même si ses enfants ne lui sont pas reconnaissants des dons qu’ils ont reçus d’elle. A ce titre elle se doit d’offrir asile à nos frères en Jésus Christ qu’ils soient catholiques, orthodoxes, de rites orientaux, protestants. Par delà les différences de dogmes, de rites, nous sommes de la même famille et parce que ce sont dans nos rangs que les martyrs se font de plus en plus nombreux nous nous devons de leur ouvrir notre terre pour un temps ou plus s’ils le désirent.

Ceux-là ne se retourneront pas pour mordre la main qui les a accueillis. Pas plus qu’ils ne se risqueront à pactiser avec les fils de l’Oumma qui se croient déjà chez eux.

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