Feeds:
Articles
Commentaires

Archive for the ‘Littérature’ Category

Nos maîtres furent de tout temps nos ennemis
et maintenant plus que jamais, plus que
jamais nos maîtres sont faillibles, car si nous
sommes innombrables, c’est leur faute, voilà des
siècles et des millénaires qu’ils veulent que les subalternes
multiplient, afin de les embesogner et de les
mener à la mort.

Aujourd’hui même que le monde éclate et que la
terre manque aux hommes, leur rêve est de
construire des maisons ayant cinquante étages et
d’industrialiser l’oecumène, sous le prétexte de
fournir aux besoins de ces milliards qui naissent, car
il leur faut toujours plus de vivants, toujours, malgré
ce qu’ils affirment. Ils organisent méthodiquement
l’Enfer, où nous nous consumons, et pour nous
empêcher de réfléchir, ils nous proposent des
spectacles imbéciles, où notre sensibilité se barbarise
et notre entendement achèvera par se dissoudre, ils
iront consacrer ces jeux en présidant à leur manie
avec toute la pompe convenable.

Nous revenons au cirque de Byzance et nous en
oublions nos vrais problèmes, mais sans que ces
problèmes nous oublient, nous les retrouverons
demain et nous savons déjà que lorsqu’ils seront
insolubles, nous irons à la guerre.

Albert Caraco – Bréviaire du chaos

Read Full Post »

Saint-Loup (II)

Alors si le retour doit s’incarner, ce sera donc [j’explicite ce que pense Saint-Loup, non pas mon opinion personnelle] dans le national-socialisme et la révolution européenne. Je passe sur la transition de Saint-Loup d’une forme atténuée de socialisme et de pacifisme à son engagement dans la LVF, puis dans la Charlemagne. Son drame -si l’on considère que cela en est un- fut d’avoir été national-socialiste pour des raisons supérieures et plus nobles, et ne mélangeons jamais ne serait-ce qu’une seconde, sa figure avec la diarrhée théorique d’un Alfred Rosenberg. Le point commun rassemblant ses romans consacrés à la Seconde guerre (Les Volontaires, les Hérétiques, les SS de la Toison d’Or, etc) reste la mise en scène des aventures des volontaires étrangers engagés aux côtés de l’Allemagne et la dépiction d’une Waffen-SS comme embryon d’une future armée européenne, celle qui par sa victoire contre le communisme et la démocratie annoncerait la fin des États, et des principes de 1789. Cela fut-il vrai? Je n’en sais rien, il est vrai cependant que dès 1943, la Waffen-SS (j’entends par là les unités combattantes de la SS qui n’ont pas à voir avec les gardiens des camps) fut composée d’une majorité de non-allemands, mais il ne me semble pas déplacé de dire que cette forte présence est plus le résultat d’un certain pragmatisme (besoin de volontaires) que d’une volonté de construire une nouvelle Europe. Camus avait probablement raison quand il disait que Hitler cherchait à construire un Empire qui si il n’avait pas de vocation universelle, était déjà trop grand par rapport à sa pensée et ses objectifs de départ. Saint-Loup lui concevait déjà son Europe bâti sur le modèle de la Confédération Helvétique. Mais pouvait-il ignorer que le nazisme était avant tout un mouvement de conquête perpétuel qui ne pouvait s’arrêter qu’une fois le dernier ennemi vaincu. Mais cela signifierait réfuter son propre principe qui serait de dire que le nazisme ne s’arrête qu’au frontière du monde  blanc. Un pragmatisme aurait voulu de ne pas attaquer l’URSS en 1941. Mais ne pas l’attaquer en 1941, cela signifiait l’attaquer plus tard, laissant à Staline le soin de se renforcer. Ce serait également se renier, car être national-socialiste, c’est combattre pour la révolution européenne, contre les idées générales, contre les abstractions de l’âme, utiliser les moyens de la modernité pour faire aboutir l’idéal de l’éternel retour. Il faut donc commencer par défiler à Moscou et écraser le communisme. Si les Européens ne peuvent être devenus tous nazis en 1941, ils sauront en revanche être anticommunistes. C’est un début. Aucun des membres de la LVF ne se seraient battus contre des FFL ou des anglais. Et cela vaut pour les autres. Donc il faut attaquer l’URSS.

Les romans se déroulant sur le front de l’est sont tous divisés informellement en deux parties : la première (1941-1943) celle d’une extension, d’une redécouverte de l’Asie par l’Europe, celle d’une victoire qui est impossible, mais les soldats ne le savent pas encore, ou alors si mais ce destin ils le consentirent. Ils ont beau se battre courageusement, et ils se battirent courageusement, se battre à un contre dix a toujours été le lot des Européens. La beauté des paysages russes et caucasiens, la chronique d’une conquête impossible, c’est dans ces moments que Saint-Loup nous donne ses plus belles pages. L’épopée décrite sans pathos, prend un aspect désespéré et l’on se surprend à éprouver une certaine tristesse pour les vaincus. Dans Vie et Destin, Grossmann décrivait la période décisive allant d’octobre 1942 à février 1943 qui aboutit à l’encerclement de Stalingrad. Pour Saint-Loup c’est le début de la vague qui va déferler sur l’Europe, et après l’étirement d’une Wehrmacht qui marcha dans les pas d’Alexandre, vint le temps du reflux. La symétrie entre les deux œuvres (que Saint-Loup n’a pourtant jamais lu, le manuscrit de Vie et Destin ayant fini dans les coffres de la Loubianka jusqu’à la fin de l’URSS) est étonnant. Mais Grossmann chante une victoire amère. Saint-Loup baigne la chute de Berlin dans une atmosphère crépusculaire la défaite inexorable de l’Europe et la Résurrection attendue est repoussée pour un futur indéterminé. Il s’est identifié au national-socialisme parce qu’il y a vu une possibilité de libérer l’Europe de ce qui la tuait. Le communisme certes, mais pas seulement. Le nazisme s’auto-réfutait car son mouvement même l’aurait amené à assumer l’empire mondial. Or, Hitler n’était pas universaliste, Saint-Loup non plus. Mais quand Rosenberg disait « Nous avons le style d’une colonne en marche, et peu importe vers quelle destination et pour quelle fin cette colonne est en marche », il était conforme à sa logique particulière. Celle-ci ne se serait guère contenté de l’Europe blanche et confédérale dont rêvait Augier. Saint-Loup, viscéralement anti-étatiste et antinationaliste avait compris le dilemme et différents de ses personnages l’expriment dans ses romans : Que faire? L’Europe ne pourra se faire si la guerre est perdue, mais la guerre ne peut être gagné que si l’on fait l’Europe. Que si le pangermanisme est dépassé. Mais alors cela supposait le renforcement de l’État et la mobilisation totale, une Europe transformée en caserne. Cela n’était guère son rêve. Mais il estimait que le nazisme lui même devait être dépassé, une simple voie vers l’éternel retour, le plus fidèle. Mais peut-on passer de l’Europe en uniforme à l’Europe confédérale. 

Mais bon, de Saint-Loup je ne garde pas tout : c’était un grand romancier, mais inachevé, pire les années passant et dès 1963 (avec la parution des Volontaires, consacré à la LVF, et qui est son premier roman de guerre), son oeuvre s’est rempli d’un aspect doctrinal pompeux et artificiel. Une partie de son influence vient de là, et c’est par ce biais que je l’ai découvert, mais son talent s’en est vu gâché, ses livres des années 1970-1980 sont moins intéressant que les premiers. L’homme qui s’écriait et ce cri qui vient de l’âme ne se laisse pas oublier « Le principe esthétique n’est pas divisible » et qui « voulait faire entrer la beauté dans les coeurs » et réussit, a sombré dans une forme atténué mais évidente de didactisme. En devenant une sorte de gourou, il a cessé d’être un romancier et c’est la littérature qui y a perdu. A moins d’être un militant convaincu, son cycle des « patries charnelles » sent l’artifice et le roman à thèse.

Mais au fond, je lui reproche surtout de n’avoir pas su écrire l’équivalent français de Vie et Destin. Je reste persuadé qu’il était le seul à pouvoir le faire. Comme Vassili Grossmann, il était à la fois journaliste, romancier et soldat. Grossmann avait compris que la victoire de l’URSS avait un goût amer car un totalitarisme triomphait d’un autre et c’est la liberté qui perdait. Saint-Loup a endossé l’uniforme allemand pour des raisons supérieures et que je considère comme nobles. Avait-il raison? Je n’en sais rien, en tout cas plus rien ne pouvait l’empêcher d’avoir tort.

Il nous reste ses belles pages.

Ce qui rampe vers eux, à travers la plaine, à la fois de face et de flanc, sortant de l’horizon bleui par la vapeur qui monte du sol sous l’effet d’une chaleur intense, apparaît absolument terrifiant. C’est la vague d’hommes, de bêtes et de machines qui s’est formée à quinze mille kilomètres dans l’est, vers le détroit de Béring ; a roulé à travers tout un continent en grossissant, s’enrichissant de nouveaux hommes, de nouvelles machines, chaque fois qu’elle passait par une ville, une usine, une mine, un puits de pétrole, et ils sont innombrables ces puits, ces usines, ces mines car la patrie des prolétaires est la plus riche du monde ! La vague déferle maintenant vers les rivages du golfe de Finlande et il apparaît tout de suite évident que rien ne peut l’arrêter sauf la mer. Impossible de découvrir une préméditation militaire à travers ces mouvements de la vague. Tout progresse en même temps, chars de combat et canons d’assaut, soldats de la garde et primitifs sibériens, pionniers et paysans, cavaliers supérieurement équipés et partisans montant à cru de minable haridelles, canons et mitrailleuses, tandis que sur les collines tombent du ciel des avions d’assauts américains et les vielles machines à coudre en bois et toile, inlassablement rafistolées et remises en service depuis 1941. Pour stopper ce continent qui s’est mis en marche vers l’Europe, le 3e corps germanique se trouve seul, appuyé par les milices estoniennes. Ce 3e corps est formé de l’élite de la race blanche qui a pris l’habitude de dominer le monde et d’imposer sa civilisation.

Saint-Loup, Les SS de la Toison d’Or

Read Full Post »

Saint-Loup

En guise d’introduction, lisez ce beau texte de Pierre Vial.

La guerre s’accommode mal avec la poésie. La première guerre mondiale a tué Péguy, c’est la leçon que retint Camus. La deuxième a tué Saint-Exupéry… et a fait de Marc Augier un proscrit, dans le sens que les grecs pouvaient donner au mot. Quand bien même il revint en France à la suite de l’amnistie, ce statut il le porta sur lui, dans son caractère, son attitude. La France, qui lui refusa le Goncourt en 1950, le lui rendit bien. Pourtant wikipédia affichant Marc Augier parmi la liste des titulaires du fameux prix, cela aurait eu du style. Mais le style n’est pas républicain, Marc Augier devenu Saint-Loup n’était pas républicain non plus. Cela restera toujours son honneur. Il a souffert de cette simple contradiction : refuser le monde tel qu’il est, sans accepter de lui échapper, et loin de vouloir l’oublier, il a souffert de n’avoir pu le posséder, d’avoir vu cette restauration des peuples européens qu’il souhaitait par dessus-tout, ce citoyen du monde exilé dans son pays qui n’avait plus de France que le nom.

Il ne sera pas question ici de dissocier Saint-Loup de son œuvre, ni de tenter quelque improbable départ au sein de son œuvre, qui distinguerait entre la pure littérature de l’engagement dans la Waffen-SS, engagement indissociable de ses multiples voyages en Laponie, ou de son rôle dans la fondation des auberges de Jeunesses, l’une et l’autre s’entrelaçant plus que probablement l’une à l’autre dès Solstice en Laponie. Là se comprend le pourquoi des auberges de jeunesses, et l’engagement dans la Waffen-SS pour une Europe qu’il voyait fédérale bâti sur le modèle Suisse, une Europe des peuples sans frontières intérieures, et non pas celle des états-nations. Son antinationalisme le rachètera toujours.

Par où commencer donc? Peut-être par une comparaison avec Saint-Exupéry, je ne sais pas si les deux se rencontrèrent mais ils partageaient beaucoup, habités par les même préoccupations, leurs œuvres renvoyaient à un symbolisme différent. L’avion pour Saint-Ex, la marche à pied, le ski et la montagne pour Saint-Loup. Mais leur destination était similaire, et peu importe que le premier l’appelait sa citadelle et le second se référait à Thulé. Il faut y voir le retour à l’origine. Pourtant et c’est un paradoxe qui doit être relevé. Cette quête vers l’origine rend caduque la possibilité même de l’origine retrouvée ; le cheminement vers l’origine n’est pas un acte totalisable qui serait censé aboutir dans les faits, mais bien une tâche infinie, car la pensée est toujours « en retard » sur l’Être, retard que Derrida hypostasie en principe de sa philosophie ; quoi qu’on fasse, la pensée sera en retard sur la saisie de l’Être, sur la saisie de l’origine ; il y a quelque chose comme un retard originaire contenu dans l’origine, ou plutôt il n’y a d’origine que s’il y a déjà un retard. C’est ce que Derrida nomme la « différence originaire de l’Origine absolue ». Saint-Exupéry volant, et espérant ne jamais descendre vivait constamment balloté entre un monde qui s’enfonçait progressivement dans la mort et ses rêves qu’il voulait ne jamais quitter. J’espère qu’il est mort en rêvant. Mais peut-on retrouver l’origine par les rêves? Je n’y répondrais pas aujourd’hui ce n’est pas mon sujet. Mais Saint-Loup chaussant ses skis et partant à l’assaut des montagnes françaises et finlandaises, entendait un appel, celui du sol et du sang. Il ne s’agissait pas de vivre comme à la préhistoire, certes non. En authentique fasciste Saint-Loup compose avec les siècles qui l’ont précédé y compris l’année dernière. Il s’agit simplement d’être. Même si il n’eut jamais l’ambition, et cela est sa force, de fixer une fois pour toute ce qu’est l’Europe. Mais le sol et le sang représentent notre ciel des fixes, une étoile polaire, un point de référence, sur laquelle nous pouvons nous reposer, une direction à suivre. Mais ils ne sont pas la Vérité au sens biblique du terme, cette vérité là, découverte par Saint-Loup, cette volonté qui soulève le voile du monde sans jamais faire advenir au jour la même réalité. Le mot grec pour « vérité », nous explique Heidegger, est alèthéia, ce qui signifie « dévoilement inachevé ».

Tirer l’Europe de l’oubli, en rendant les Européens auto-conscients, là est son principal message. Cet appel est le fil conducteurs de ses romans, pourtant de ses premières œuvres aux dernières, une différence se fait sentir. Là aussi j’y reviendrais.

Pour revenir à l’origine, s’il existe un irréductible hiatus entre la pensée et l’être, s’il existe une différence irréductible et si l’origine se présente comme une quête infinie, ce n’est pas en raison de la perte de l’origine, c’est en raison du fait que l’origine ne fut jamais présente. Thulé n’a probablement jamais existé et c’est avec raison que Pindare écrivait « ni par terre, ni par mer, tu ne trouveras le chemin qui mène aux Hyperboréens ». Mais il nous faut aller plus loin : si l’origine se répète inlassablement dans la présence, alors la saisie de celle-là dans celle-ci ne peut être qu’illusoire, puisque l’origine est à jamais frappée du sceau de l’inaccessible. Dès lors, c’est la présence en tant que telle qui est marquée de l’illusion ; tout privilège de la présence qui porterait la marque de l’origine est d’emblée frappé de nullité, dans l’exacte mesure où la présence se trouve investie de l’impossibilité de porter en elle l’origine et constitue, de ce fait, une illusion d’origine. 

« Entre deux avances, deux tempêtes, le Caucase opposait, à l’horreur organisée par les hommes, des visions d’Arcadie, brossait des tableaux parlant de mondes au soir du septième jour. L’automne déployait sur les pentes l’or des rideaux forestiers, semblait accrocher aux parois rocheuses des peaux de bêtes sauvages en train de sécher. Torrents blancs d’écume, bondissant de couloir en couloir pour rallier les rivières aux profondeurs noires. Buisson roux. Vers cinq heures du matin, le jour investissait les sommets. Paresseux, le brouillard traînait dans le fond des vallées aux méandres compliqués, dense et couleur de petit lait. Les hauts sommets en émergeaient comme des iles, puis l’un après l’autre, les sommets plus modestes surgissaient en terres de légende jadis englouties par les eaux, prêtes à revivre. »

Saint-Loup, Les SS de la Toison d’Or

A suivre

Read Full Post »

Le Camp des Saints

Les vrais amateurs de traditions sont ceux qui ne le prennent pas aux sérieux et se marrent en marchant au casse-pipe, parce qu’ils savent qu’ils vont mourir pour quelque chose d’impalpable jailli de leurs fantasmes, à mi-chemin entre l’humour et le radotage. Peut-être est-ce un peu plus subtil : le fantasme cache une pudeur d’homme bien né qui ne veut pas se donner le ridicule de se battre pour une idée, alors il l’habille de sonneries déchirantes, de mots creux, de dorures inutiles, et se permet la joie suprême d’un sacrifice pour carnaval

Jean Raspail, Le Camp des Saints

Ce n’est pas un retour, mais il y avait cet article que je voulais faire paraître et que l’article du Stalker me pousse à publier, après l’avoir écrit. Je suis globalement d’accord sur l’essentiel c’est à dire que oui littérature et politique ne fait jamais bon ménage, comme Alain je suis convaincu que la littérature, en tout cas dans sa forme romanesque n’appartient pas à la catégorie de l’utile, d’un roman j’essaie de ne pas me demander à quoi ça sert, mais de quel automatisme de pensée il me délivre. Le fantasme de la démocratie totale, de la république des livres où politique et art se mélangerait dans un fatras présumé et présenté comme porteur de sens m’agace pour ne pas dire mieux.

Oui, il existe bien un malentendu sur le roman de Raspail, mais je ne crois pas que cela soit sur la qualité du roman, ou sur ce que celui-ci peut  »apporter » en terme de prise de conscience, car là encore l’on est dans l’erreur. Plutôt que d’initier une prise de conscience chez le blanc moyen, Le Camp des Saints est plutôt l’aboutissement de celle de Raspail. Un exutoire définitif et sans retour. Pour enfin passer à autre chose. Ce qu’il fit.

Le roman n’est pas pré-apocalyptique comme le pense Stalker, ni post-apocalyptique, mais intemporel, Raspail le sous-entend lui même dans sa préface (l’intéressante, pas celle de la réédition), il est inutile de changer une virgule si ce n’est peut être le nom du Pape, pour que celui-ci soit d’actualité. Ce n’est pas le Camp des Saints qui serait un roman éternel à l’image des Frères Karamazov, ce sont simplement les superstitions de la modernité qui durent et s’aggravent, maintenant l’intérêt du roman.

Certes les descriptions de la flotte de la misère, et sa puanteur sur laquelle Jean Raspail s’attarde notamment le  »sculpteur de merde », le roman parfois peut s’apparenter à une fable et derrière l’histoire c’est bien le tissu de mythe dans lequel une époque se plonge. Ce n’est pas de la haine, ni de la peur, ni de la crainte qu’inspire la flotte du Gange, ou les tuniso-libyens arrivant sur les côtes italiennes, mais un dégoût instinctif, un dégoût parce qu’il y a nous et il y a eux. Un dégoût qui ne peut être totalement étouffé malgré des décennies de propagande, de lavage de cerveau. Si Raspail insiste, certes lourdement parfois sur l’odeur, c’est bien parce qu’ils puent. Constat brutal, basique et guère fin je veux bien en convenir, mais réel. L’idéologie a beau être forte, elle ne peut supprimer cette révulsion des sens. Révulsion de l’odorat, de la vue, du toucher. Ceux qui se plongent dans la masse s’y noie et s’oublient. Ceux qui veulent s’en éloigner n’ont d’autre de choix que de fuir. Mais le White flight a ses limites, alors il faut tirer. La question n’est pas qui va dominer, mais qui va vivre. La cohabitation n’est rien de plus qu’une transition, la France ne peut être à la fois blanche et musulmane, il faudra bien qu’un peuple cède sa place à l’autre, si l’un ne se retire pas alors ce sera l’autre.

Et plus la décadence s’accroît, et plus on cherche à la conjurer, en amplifiant cette décadence même, en appelant à la restauration des principes républicains, de la restructuration du lien social. Et le processus s’auto-entretient.

Certes Asensio a également raison sur la nature du roman à thèse, il est vrai que les personnages de Raspail ressemblent plus à des figures qu’à des êtres de chair et de sang. Mais la simplification à outrance, la réduction progressive de la vie à la politique, et de la politique à la propagande n’est-ce pas la tendance lourde de l’époque ? Observable déjà en 1973, mais accentuée encore en 2011. La guerre entre la France et la République, la contradiction entre des principes faux et une réalité qui rend justice. L’exode des français vers le Nord contredise des principes qui ont été foireux dès le départ. L’Italie et l’Union Européenne se comportent de la même manière envers les réfugiés arabes que les pays occidentaux envers la flotte du Gange, pourtant les deux cas d’espèce ne sont guère à priori interchangeables. Mais apparaissent les mêmes discours, les mêmes peurs cachés, les mêmes délires inavouables.

Ce qui m’intéresse plus c’est la troisième partie du roman, la fuite vers le Village, et l’aspect de contre-épopée, de comédie noire (un aspect reconnu par Raspail lui même durant son débat avec Max Gallo de 1973) que le roman prend. Au fond tout cela est une farce atroce, l’Occident a voulu mourir, rions-en car nous n’aurons plus à le sauver de lui même. Vivons encore mais au moins choisissons notre mort pourvu que nous restions debout. Nous ne sommes plus dans une tragédie grecque, mais dans le burlesque, la comédie, la libération par le rire, la plus efficace peut-être.

Pour qui Raspail écrivit ce roman? Pour avertir les Français? Non! Pour lui même n’en déplaise à Asensio, il a repris le mot de Saint-Loup (désolé Anthony once again) « ce qui compte ce n’est pas de sauver la France mais de nous sauver de la France ». Le Camp des Saints reste la catharsis de Raspail, un an plus tard il écrivit. On peut évidemment discuter de la qualité de celle-ci. Mais je note qu’après avoir lu le Camp des Saints, loin de me sentir l’âme d’un e-croisé, j’ai perdu toute envie d’écrire un billet lié à l’Islam/l’immigration/etc. Tout a été dit et je n’ai rien à ajouter. Je suis passé à autre chose. Les vingts du village sont morts écrivit Raspail dans la hache des Steppes (paru l’année suivante) et il n’aborda plus le sujet (à part un article en 2004 qui ne rajoute rien de nouveau). Et il écrivit de meilleurs romans.  Sept cavaliers ou Qui se souvient des hommes? valent vraiment le détour. Peut-être parce qu’après avoir coupé ses liens avec la France, Jean Raspail put enfin partir à la recherche de ses rêves… ou des derniers Alakalufs.

Read Full Post »

Renoir: jeune filles lisant

-Je n’ai pourtant rien d’extraordinaire. Je vous assure que je connais beaucoup de jeunes filles comme moi, et qu’il y en a sûrement quantité qui sont meilleures que moi.
-Possible, encore que, croyez-le, j’en aie essayé beaucoup avant de vous trouver: les « poules d’essai », comme dit le langage sportif. Mais tout l’effort de la société – peut-être: tout l’effort des hommes – tend à montrer, à rendre intéressantes les femmes qui ne valent pas grand’chose. Les femmes qui se plaignent d’être mal jugées. Mais pourquoi acceptent-elles que ce soit toujours ce qu’il y a de pire dans leur sexe qui occupe le devant de la scène? Et pourquoi accueillent-elles si facilement toutes les suggestions de l’homme, tendant à les rendre avilies et grotesques? Pourquoi une telle méconnaissance de leur intérêt? Presque toutes les fois qu’une femme se dégrade – par une mode qui l’enlaidit, une danse qui l’encanaille, une façon imbécile de penser ou de parler, – c’est l’homme qui l’y a poussée; mais pourquoi ne résiste-t-elle pas? (…) tout ce que j’englobe sous ce nom: la femme tête-à-gifle, sont des stryges. Ce sont les stryges qu’on vues les religions, les philosophies, les moralistes qui, depuis des millénaires, jettent le mépris ou l’anathème sur la femme, mais leur tort a été de ne pas marquer fermement que c’était ces femmes-là qu’ils visaient, et elles seules. Et j’en reviens à ma question: pourquoi les femmes sérieuses et honnêtes ne se défendent-elles pas contre ces stryges? Ne se rendent-elles pas comptent du tort que ces stryges leur font? Les pires ennemies de la femme sont les femmes.
Henry de Montherlant, Pitié pour les femmes.

Je les vois les journaleuses, toutes frétillantes que ce soient leur journée le 8 mars. Ce sont les princesses du jour. J’espère que vous être fières, vous, le beau sexe, d’avoir votre propre date sur le calendrier, entre la journée du brossage de dents et celle contre le jet de mégot par la fenêtre de la voiture (ou encore plus insignifiant: la journée sans immigrés).

« Bla bla, il reste plein d’effort à faire pour que nous soyons l’égales des hommes, … »
Toujours le même discours, encore et encore. Je crois qu’à peu près tous les mecs sont d’accord pour dire que pour un même travail, un même salaire est chose juste.

Bémol: la maternité ralentit, voire stoppe, votre carrière. OK, mais sur le plan personnel, c’est un accomplissement. Je ne comprends toujours pas les femmes réceptives au discours de Badinter contre la maternité. Déjà qu’on se fait envahir par l’Afrique, si nos magnifiques femmes font la grève de l’ovulation, on est fini dans 15 ans. Les Africaines, elles sont plutôt pour la maternité, elles. Mais on ne peut pas vous en tenir rigueur, encore faut-il vouloir porter les enfants de ses Blancs devenus mous, dociles et résignés.

Deuxième bémol: j’ai la malédiction chance de travailler entouré de femmes. J’ai peine à vous croire faites pour le monde du travail. Peine à voir combien il vous est impossible de transcender les rancœurs, les rumeurs, la mauvaise foi, la méchanceté gratuite; pour atteindre un but. Peine à constater avec qu’elle énergie vous poignardez une autre dans le dos, avec le même naturel et le même sérieux dont usez quand vous parlez du dernier épisode de D&Co ou de Grey’s Anatomy. Oui je grossis le trait, mais c’est mon pain quotidien.

Les femmes se disent indépendantes, elles n’ont jamais été aussi esclaves du système que de nos jours. Il n’y a pas un être sur Terre plus aliéné, à la botte de ses propres attentes consuméristes, que nos amies. Elles sont les relais les plus actifs de la « culture d’entreprise », cette manipulation subtile qui vous fait faire des heures et des heures avec le sourire et la satisfaction du travail bien fait (j’en ferai sûrement un article, plus tard). Globalement, elles tombent dans tous les pièges que l’on pose à leur attention.

Alors oui, il y a effort à faire. A commencer par laisser tomber tout ce qu’on vous a mis dans le crâne depuis 40 ans. Nous autres, nous avons aussi nos efforts à faire, mais ce n’est pas le sujet. Je suis galant, c’est votre journée le 8mars. Débrouillez-vous-en.
Vous n’êtes, pour la plupart, pas heureuses. Vous vous pensez mieux loties, mieux armés mentalement que vos grand-mères. Continuez dans cette voie, et nous mourrons tous de solitude et de chagrin.

Le prochain 8 mars, je voudrais voir autre chose que les conneries business women de La Tribune, par pitié.

Read Full Post »

Le cinquantième anniversaire de la mort de l’écrivain Louis-Ferdinand Céline a été retiré d’une liste de célébrations officielles dressée par les Archives nationales. L’antisémitisme notoire de l’écrivain ne correspond pas aux « valeurs de la République », a déclaré Frédéric Mitterrand.

Bon, d’accord. L’antisémitisme l’emporte sur le génie. Je le comprends tout à fait. C’est ce même ministre, qui sommait la populace de laisser Polanski tranquille, sous prétexte que c’était un génie qui continuait d’apporter énormément au patrimoine culturel mondial. Que les faits qu’on lui reprochait étaient trop vieux. Trop vieux. Et il nous sort ça maintenant. Aussi, il lui reproche son collaborationnisme. Et ça c’est drôle quand on connaît la filiation du bonhomme. Ce jugement envers le passé m’exaspère toujours, dans toute science que ce soit. Ils se prennent tous pour des Jean Moulin. Ils transpirent le courage par tous les pores de leur peau, il faut voir! Que Céline ne soit pas célébré par ces guignols m’importe peu. Je crois qu’on s’en porte pas plus mal d’ailleurs, d’éviter un discours de Mitterrand sur l’écrivain dans une commémoration en carton. Mais les raisons sont bancales, tout comme ses opinions incohérentes. Lui, Cohn-Bendit, ils écrivent des saloperies, de nos jours. Et ça n’embête personne. Ouf ! Les valeurs de la République sont sauves.
Au final, ce n’est jamais qu’un personnage historique français de plus que l’on délaisse. Allez, on marque le coup, entre nous.

Le colonel n’avait jamais eu d’imagination lui. Tout son malheur à cet homme était venu de là, le nôtre surtout. Étais-je donc le seul à avoir l’imagination de la mort dans ce régiment? Je préférais la mienne de mort, tardive… Dans vingt ans… Trente ans… Peut-être davantage, à celle qu’on me voulait de suite, à bouffer de la boue des Flandres, à pleine bouche, plus que la bouche même, fendue jusqu’aux oreilles, par un éclat. On a bien le droit d’avoir une opinion sur sa propre mort. Mais alors où aller ? Droit devant moi ? Le dos à l’ennemi. Si les gendarmes ainsi, m’avaient pincé en vadrouille, je crois bien que mon compte eût été bon. On m’aurait jugé le soir même, très vite, à la bonne franquette, dans une classe d’école licenciée. Il y en avait beaucoup des vides des classes, partout où nous passions. On aurait joué avec moi à la justice comme on joue quand le maître est parti. Les gradés sur l’estrade, assis, moi debout, menottes aux mains devant les petites pupitres. Au matin, on m’aurait fusillé de douze balles, plus une. Alors ?

Read Full Post »

Sans trembler

La lune s’était levée, et dans sa clarté je m’abandonnais aux pensées qui nous assaillent lorsque nous nous enfonçons dans l’incertain. En moi s’éveillaient les souvenirs de magnifiques heures matinales, où nous chevauchions à l’avant garde de nos colonnes, tandis que derrière nous, dans la fraîcheur de l’aube, s’élevait le chant des jeunes cavaliers. Nous sentions alors notre cœur battre solennellement, et tous les trésors de la terre eussent pâli devant la joue qui nous attendait dans la glorieuse rigueur de l’action imminente. Oh! Quelle différence entre ces heures lointaines et cette nuit où, dans la pâle clarté, je voyais luire des armes pareilles aux griffes et aux boutoirs de quelque monstre. Nous nous enfoncions dans les forêts des Lémures qui sont sans droit et sans ordre humains, et chez qui nulle gloire ne se pouvait cueillir. Et j’éprouvais la vanité de tout éclat, de tout honneur, et une grande amertume m’emplissait.
C’était cependant une consolation pour moi de ne point être, comme la première fois, alors que je cherchais Fortunio, le jouet d’aventures magiques, mais le champion d’une juste cause, appelé à la lutte par la haute contrainte de l’esprit. Et je résolus de ne point m’abandonner à la crainte, non plus à l’orgueil.

Jünger, Sur les falaises de marbre

Je n’ai pas envie de me livrer à quelque commentaire sur le livre pour le moment, car je viens à peine de le finir. Ce serait à peu près aussi intéressant et binaire que la réponse au classique: « alors, t’en pense quoi? », en sortant du cinéma.

Read Full Post »

Older Posts »