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Archive for the ‘Philosophie’ Category

Au Fight Club. Sorte de réunion hebdomadaire où des hommes se rassemblent pour « se foutre sur la gueule ». L’idée est simple. Pas de règles. Ou bien très peu. Lâcher quand un camarade demande grâce, par exemple. Faire durer les combats aussi loin qu’ils peuvent aller.

Pour le corps et l’esprit, le risque entier surgit alors. Risque de perdre son intégrité physique. D’avoir mal, pour de vrai. Ne plus être comme avant : le nez dévié, l’oreille en chou-fleur, le doigt en maillet. Risque de mettre en jeu son personnage social, l’arcade éclatée, l’œil au beurre noir, la griffure transversale, l’écorchure à la bouche. Autant de signes distinctifs, de « marqueurs sociaux », qui vous mettent en marge. Exclu pour un coquard. Saleté de l’œil tuméfié. Du caillot de sang. Propreté du corps intact et vierge de coups. Puceau du réel.
Le Fight Club c’est aussi cela, la défloration mentale de l’individu. Sa découverte du réel. Risque de perdre ses prétentions et son orgueil. Risque psychologique donc de se voir tel que l’on est, sans fard, ni maquillage. Exit les illusions. Et que la personne que l’on était, composait en fait un rôle. Le Fight Club, par le sang versé, tire le rideau du théâtre de la vie. Theatrum mundi apertum. Dévoilement des apparences. Dévoilement de l’être.

Le Fight Club, par cette divulgation de soi, se donne pleinement comme une école philosophique. Introduction de l’homme dans le réel. Prise de conscience. Révélation. Indicible « mystique » du coup reçu et du coup donné, qui éclairent la vie d’une toute autre lumière. Le corps guide l’esprit, telle est la philosophie du voyou.

(…)

Le philosophe-voyou se situant une nouvelle fois dans la perspective antique, convoque un retour de la danse dans nos vies. Et plus précisément sous la forme qu’elle pouvait avoir à Sparte, ou encore il y a quelques années dans des tribus africaines. La danse de la guerre.

(…)

Renversement des valeurs, dans une société de l’hypocrisie. Où contrairement à ce qu’on y prétend, la danse est souvent assimilée à une expression de la féminité. A l’art. Aux arts.
Le membre du Fight Club doit s’approprier cette créativité. Devenir un contorsionniste. Pour frapper, durer, gagner. Vaincre. Fight Club contre Night Club.

Raphael et Olivier Saint-Vincent – Manifeste du philosophe-voyou

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– Au petit jour, lorsqu’il t’en coûte de te réveiller, aie cette pensée à ta disposition : c’est pour faire œuvre d’homme que je m’éveille. Serai-je donc encore de méchante humeur, si je vais faire ce pour quoi je suis né, te ce en vue de quoi j’ai été mis dans ce monde ? Ou bien, ai-je été formé pour rester couché et me tenir au chaud sous mes couvertures ?

– Mais c’est plus agréable !

– Es-tu donc né pour te donner de l’agrément ? Et, somme toute, es-tu fait pour la passivité ou pour l’activité ? Ne vois-tu pas que les arbustes, les moineaux, les fourmis, les araignées, les abeilles remplissent leur tâche respective et contribuent pour leur part à l’ordre du monde ? Et toi, après cela, tu ne veux pas faire ce qui convient à l’homme ? Tu ne cours point à la tâche qui est confirme à la nature ?

– Mais il faut aussi se reposer.

– Il le faut, j’en conviens. La nature cependant a mis des bornes à ce besoin, comme elle en a mis au manger et au boire. Mais toi pourtant, ne dépasses-tu pas ces bornes, et ne vas-tu pas au-delà du nécessaire ? Des tes actions, il n’en est plus ainsi, mais tu restes en deçà du possible ? C’est qu’en effet, tu ne t’aimes point toi-même, puisque tu aimerais alors, et ta nature et sa volonté. Les autres, qui aiment leur métier, s’épuisent aux travaux qu’il exige, oubliant bains et repas. Toi, estimes-tu moins ta nature que le ciseleur la ciselure, le danseur la danse, l’avare l’argent, et le vaniteux la gloriole ? Ceux-ci, lorsqu’ils sont en goût pour ce qui les intéresse, ne veulent ni manger ni dormir avant d’avoir avancé l’ouvrage pour auquel ils s’adonnent. Pour toi, les actions les plus utiles au bien commun te paraissent-elles d’un moindre prix, et dignes d’un moindre zèle ?


Marc Aurèle – Pensées pour moi-même – Livre V – I.

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Blues

Doit-on se conforter dans le désabusement ? Sommes-nous vraiment des enfants de la zone grise ? Je ne répondrais pas à la deuxième question, ce n’est pas vraiment ce qui m’intéresse ici. Pourquoi considérer que tout est dérisoire? Parce que tout est absurde? Et qu’est-ce qui est absurde?
Se poser ces questions, blogger d’un certain point de vue, c’est déjà avoir renoncé à la vie machinale, ne pas être une âme morte et ne pas sombrer dans un conformisme inconscient. La lassitude ferme un cycle et en commence un autre. D’ailleurs le choix est simple, ou bien le retour au métro-boulot-dodo ou encore le réveil définitif et sans retour. Bleu ou rouge.

La manière dont vit notre société? Soit, mais alors que faire dit souvent Anthony. L’alternative se jouerait donc entre un début d’action et le dilettantisme tragique. Je ne sais pas si c’est cette posture que Nice Guy ne semble guère apprécier, mais son billet est intéressant à plus d’un titre. Il pourrait être indifférent que les progressistes se suicident si ceux-ci n’avaient pas le mauvais goût de considérer leur modèle comme universellement -même si cet universel ne concerne en fait que l’Occident- applicable. Quand on vit comme eux à un degré de folie, la mort n’est rien, mais le comble c’est qu’ils ne veulent pas se détruire seul, il faut entraîner un monde avec soi. Et ce monde nous est inévitable. Vivre en Anarque semble difficile à priori, sauf si l’on en a les moyens et la motivation. Le modèle de Jünger, aussi intéressant soit-il n’est même pas un modèle individuel qui pourrait être suivi à suffisamment grande échelle.

Notre monde meurt et nous devons y vivre, nous voulons nous échapper mais il faut bien assumer le réel, la morale actuelle est dégueulasse et pourtant nous croyons irrésistiblement au devoir. La contradiction est difficile à supporter. Stag en fait une manière d’écrire. Elle a son efficace et semble inspirer. Cet art j’en suis incapable. Parce que malgré tout je ne déteste pas ce monde. J’irais plus loin, la haine voué par certains -même si d’excellentes raisons peuvent être invoquées- me fait toujours penser à un conditionnement inversé, mais aussi à une grave erreur tant dans les faits que dans les principes car ceux là prouvent bien qu’ils lui accordent ce qu’il ne mérite pas du tout : une réalité absolue. Ils oublient ainsi au passage – ce qui est logique chez des gens qui passent en réalité plus de temps à suivre l’actualité qu’à lire des traités de métaphysique et à les méditer réellement. La société actuelle, que leur imagination exaltée a transformée en une sorte de monstre qui les hante jour et nuit, devient alors l’objet de leur rage destructrice. Peut-être est-elle justifiée? Seulement, c’est le combat du pot de terre contre le pot de fer, dont l’issue ne fait pas le moindre doute. Je n’ai plus de crainte quant à l’avenir : « … si l’on veut aller jusqu’à la réalité de l’ordre le plus profond, on peut dire en toute rigueur que la « fin d’un monde » n’est jamais et ne peut jamais être autre chose que la fin d’une illusion » (Nietzsche) ; « … le destin du monde moderne n’est nullement différent ni plus tragique que l’événement sans importance d’un nuage qui s’élève, prend forme et disparaît sans que le libre ciel puisse s’en trouver altéré ». Ou pour prendre une référence cinématographique récente (le début de True Grit) : « rien n’est gratuit en ce bas monde! ». Non rien, tout se paie. Cela est-il suffisant? Probablement que non . Mais c’est déjà un bon début.

Camus écrivait que Balzac terminait ses conversations sur la politique et le sort du monde en disant : « et maintenant revenons aux choses sérieuses », préférant parler de littérature.

En revanche ce qui me donne réellement le blues, c’est la surdité. Il y a quelques jours avec une collègue, nous étions venus à discuter des logements sociaux, elle était pour la SRU, pas tant pour des raisons de principes que pour des motifs assez pragmatiques et loin d’être stupides. Moi moins. Sans développer sur le déroulement de la conversation, le désaccord était évident, mais j’ai préféré battre en retraite. Le libre dialogue était impossible et la raison n’en est pas le progressisme ou alors celui-ci en est une manifestation (trop) évidente. Je me suis retrouvé sans l’avoir prévu et encore moins voulu dans une de ces situations où chaque équivoque, chaque malentendu entraîne le silence définitif. Toute personne normale pourrait et devrait penser que au contraire c’est le mot simple et le langage clair qui peut sauver de cette mort. Non au contraire, nous vivons dans le temps des monologues et des oukazes. Et c’est cela le grand drame de l’époque, personne ne parle ni écoute. Et ceux d’en face déclament sur toutes les ondes leur évangile. On peut couper les ondes, cela est même nécessaire, mais ce n’est qu’une première étape. Pour que le monde ne nous change pas.

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